Toutes les séries télé font ça : avant le premier épisode de la nouvelle saison (eh oui, on entame la troisième !), un résumé de trois minutes pour que les nouveaux venus ne soient pas largués et que les anciens se reconnectent. Le principe peut s’appliquer ici avec une belle raison. La salle de cette newsletter (il y a une salle dans une newsletter ?) a bien changé : depuis la rentrée dernière, plus de la moitié d’entre vous nous a rejoints en cours de route (🙌, bienvenue, installez-vous, il reste des chaises au fond et devant). Et pendant ce temps, trois feuilletons se sont déroulés sans vous.
Alors avant d’ouvrir vraiment la saison 3, on rembobine. Pas par nostalgie, mais parce que ces trois séries racontent des perspectives similaires (et que cette saison-ci, je vais peut-être revenir sur ces sujets d’ailleurs… alors autant se remettre au clair) : nous savons des tas de choses sans savoir que nous les savons, et nous ignorons superbement l’étendue de ce que nous ignorons (ça y est je suis largué). Une activité que beaucoup réalise mais que personne ne définit identiquement. Des mécanismes qu’on répète depuis des années sans leur avoir donné de nom. Et un troisième cercle, le plus abyssal des trois, dont je ne dirai rien ici.
Pour les fidèles, considérez ça comme une session de rattrapage (il y aura peut-être une interro : l’été est passé par là, vérifions si nos neurones biologiques ont tenu le coup). Pour les autres, c’est une découverte, et vous avez de la chance : la fin est déjà rédigée, vous n’aurez pas à attendre trois semaines comme les anciens. Par contre, il faudra attendre une semaine pour que je vous co-voiture vers une série en cours (produite par un autre auteur que votre serviteur — les esprits les plus affutés auront saisi je crois 😈).
Saviez-vous que sur le site, vous pouviez consulter toutes les saisons et éditions passées ? On entame donc la troisième avec vous, de plus en plus nombreuses 👏.
Pour être certain de recevoir la prochaine, il y a un truc facile à faire et à partager sans modération ⤵️
Dans cette édition, vous allez découvrir :
3 ⭕️
1 mot 🗣️
2 pas ternes 😈
plein de 🔳
et d’autres bricoles 👩🏻🔧
« Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. »
Sérieux, je dois vraiment dire de qui c’est?
Eh ben oui il faut le dire. Car en donnant une formation en M2, une étudiante m’a quand même demandé, non pas qui était Monsieur Jourdain (ça aurait pu passer) mais bien ce que c’était que de la prose. 🫣. Donc Molière, Le Bourgeois gentilhomme, acte II, scène 4 (1670). Et pour la prose, ben je vous laisse le dico (le cas échéant).
Et à propos du bonhomme (pas Jean-Baptiste, l’autre le Bourgeois), il est passé par ici avant l’été (souvenez-vous, à propos des Design Patterns), et il s’installe carrément dans le fauteuil aujourd’hui. Parce que les trois séries de cette édition partagent exactement son problème : on fait, on refait, on utilise encore et encore, on répète, souvent et un beau jour quelqu’un met un nom dessus, sur cette habitude, sur cette pratique, sur cette routine que l’on a depuis si longtemps. Le soulagement est immense et légèrement vexant.
Ça commence par une entourloupe arithmétique : j’annonce trois cercles et j’en énumère deux seulement. Une abonnée vigilante s’en émeut immédiatement dans la rubrique elle-même (eh, ouais on est comme ça chez Passeur de Futur : les lectrices arrivent à interpeler l’auteur quand il écrit ! Si c’est pas le futur ça… comment ça de la schizophrénie ?).
Ce que je sais, ce que je sais que je ne sais pas, et puis... le troisième, celui qui change tout : ce que je ne sais pas que je ne sais pas. C’est le seul des trois qui produise de l’innovation fertile, et c’est évidemment le seul qu’on ne puisse pas inventorier.
Le deuxième épisode transpose ces trois cercles dans l’entreprise, là où admettre son ignorance coûte cher en réunion. Il en sort un principe en deux lignes que j’aimerais voir affiché dans tous les comités de direction (celles qui savent partagent, ceux qui ne savent pas osent le dire, et je vous laisse deviner lequel des deux est le plus difficile).
Le troisième déplace la question vers nos usages quotidiens de la genAI, avec trois façons de s’en servir. Deux d’entre elles vous sont familières. La troisième est celle qui vous rendra vraiment plus intelligent, et c’est aussi celle que presque personne n’utilise (ah oui ? Attends j’ai vais tout de suite alors !)
Part I : l’ignorance comme terrain de jeu [dans PdF 45]
Part II : les trois cercles en entreprise [ dans PdF 46]
Part III : moteur de réponses, de production ou d’exploration ? [ dans PdF 47]
Tout part de deux rendez-vous commerciaux et d’un léger malaise professionnel. Deux entreprises, deux missions estampillées « innovation », appétissantes à souhait sur la papier. Mais deux définitions si éloignées l’une de l’autre que j’ai cru avoir bousillé ma boussole d’explorateur.
D’un côté, un grand cabinet d’avocats d’affaires pour qui innover consiste à déployer des outils décidés ailleurs et à s’asseoir avec chaque collaborateur pour lui montrer les boutons (si si , je vous jure 😭). De l’autre, une ESN amie qui veut de l’innovation stratégique pour un client, à condition qu’elle reste exclusivement technique, en isolation du reste de l’entreprise et dans le sillon existant (on touche pas au statu quo, hein!). Pas glop, pas glop. Autant pour la première, j’ai pris mes jambes à mon cou et mon IA sous le bras, autant pour la deuxième, on a fait un superbe boulot, avec une belle montée en compétence interne à la clé. Ouf, ma boussole s’est re-calibrée (ça se calibre une boussole, vraiment ? — je vois que les métaphores absconses ne sont pas partie en vacances…)
Le deuxième épisode tente la réponse de premier niveau, avec un carrousel qui a eu la primeur sur LinkedIn (avec les codes des pages saumon et financières d’un journal papier, police à empattements [sérif quoi], tout y est pour faire sérieux). Et le troisième raconte quelque chose de plus intéressant que la définition elle-même : la manière dont je suis allé la chercher (l’innovation — je précise juste pour ceux qui auraient perdu leur boussole du coup). Une meute d’IA lâchée sur le sujet, mon Christensen redescendu de l’étagère (comment ça poussiéreux le Clayton ? un peu de respect quand même !), une problématisation à l’ancienne, et un truc que j’ai baptisé « moment Grothendieck » (en toute décontraction l’auteur, juste au sortir des vacs, bim on se prend Grothen-machin dans les gencives — c’est hard quand même).
Ne cherchez pas la définition en diagonale à la fin du troisième épisode. Elle n’y est pas et c’est fait exprès.
Part I : deux prospects, deux planètes [dans PdF 54]
Part II : la réponse de premier niveau (et le carrousel) [dans PdF 55]
Part III : le moment Grothendieck [dans PdF 56]
C’est la série la plus dense de la saison, et accessoirement celle qui a rassemblé le plus de monde. Elle n’est probablement pas terminée…
Elle commence par un patron qui dort pendant que ses agents travaillent (situation enviable ?), passe par un projet que j’appelle sobrement AAA parce que son vrai nom est ridiculement long (et si je vous le dis, vous allez trouver que je suis pédant — chut, ne le dites pas à l’auteur, je vais vous le souffler, approchez vous, plus près, là c’est bien : Mother of all projects, avec bien entendu [ça c’est vraiment pédant pour le coup] la réf à Engelbart, oups je m’arrête ici, l’auteur revient de sa pause), et débouche sur les deux seuls patterns que j’impose à absolument tous mes systèmes. Tous. Sans exception.
Le premier s’appelle le Juge. Vous avez une IA qui produit, vous en ajoutez une qui évalue, et vous découvrez que la deuxième vous est plus utile que la première (celle qui me note sur mes propres livrables m’a déjà sauvé de plusieurs bêtises, dont une que je continue de trouver injuste - négo en cours…).
Le second s’appelle Learn, et il part d’une question toute bête que je pose à tous mes clients : quand votre IA se trompe, vous corrigez quoi au juste ? Le texte ou la machine ? Neuf fois sur dix on corrige le texte, et neuf fois sur dix on recommencera la semaine suivante (ça fait 81% donc ? à mon avis c’est largement plus). Les deux derniers épisodes montrent l’implémentation, avec de vrais fichiers dedans, et une conviction forte : l’avenir est fait de plein de petits fichiers en Markdown que vous ne regarderez (quasi) jamais.
Le patron qui dort (et ses agents qui bossent) [dans PdF 60]
The Mother of all AI Projects [dans PdF 62]
Le pattern Juge, ou l’IA qui note l’IA [dans PdF 63]
Si l’IA fait une erreur, tu la corriges ? (pattern Learn) [dans PdF 65]
Learn, implémentation : du chat à la mémoire apprenante [dans PdF 66]
On reprend en douceur et de manière ludique (tout autant que culturelle – ça vous changera des jeux de réflexion de LinkedIn ou de Pédantix — ne me remerciez pas pour ce dernier si vous ne le connaissiez pas : très sympa pendant les visio d’équipe).
Tradle vous montre chaque jour les exportations d’un pays sous forme de mosaïque (treemap anyone ?). À vous de trouver de quel pays il s’agit. On y joue trois minutes, on en ressort avec une leçon de géographie économique.
L’Observatory of Economic Complexity code les familles de produits par couleur, avec le nom de la catégorie et vous laisse deviner (le pays, donc). Six essais. Après chacun, on vous indique la proximité géographique de votre réponse (distance et direction). Mes premières parties sont plutôt à 12 000 km… Ce qui m’a plus appris sur ma géographie approximative que sur le commerce mondial.
▸ C’est un test de résilience déguisé en jeu. Un pays mono-exportateur ne vend pas seulement un produit, il a construit ses écoles, ses ports et ses budgets autour. Quand le cours s’effondre, tout tombe en même temps. La diversification n’est pas un luxe de riche : c’est ce qui permet d’avoir tort quelque part sans avoir tort partout.
▸ Derrière le carré, une idée sérieuse. Ces treemaps viennent de l’Atlas of Economic Complexity (vous pouvez y mener vos propres explorations avec leur bel outil — autant de visuels numériques en autonomie), où les concepteurs défendent une thèse simple : la richesse durable d’un pays tient moins à ce qu’il possède qu’à ce que sa population sait faire collectivement. Le carré ne mesure pas des ressources, il mesure un savoir-faire partagé. C’est pour ça qu’il prédit assez bien la croissance des vingt années suivantes (apparemment).
La question pour notre futur : amusez-vous à dessiner le vôtre. Celui de votre entreprise, celui de votre métier. Un gros bloc unique, ou une mosaïque ?
Trois séries, onze épisodes, et un fil que je n’avais pas vu en les écrivant : à chaque fois, le sujet réel n’était pas le savoir mais son angle mort. L’ignorance qu’on ignore, le mot qu’on croit partager, le mécanisme qu’on répète sans le nommer. Monsieur Jourdain avait quarante ans de retard sur sa prose. J’ai mis soixante-dix-sept éditions à voir le motif dans mes propres rubriques (et encore, il a fallu qu’on m’aide à faire le tri — non mais sérieusement Claude, à quel moment tu crois pouvoir t’attribuer tes propres mérites, hein ?).
La semaine prochaine, second et dernier best-of avant le début de la saison 3. On y démonte six illusions, dont une qui vous fait perdre du temps en vous persuadant du contraire (spoiler : et oui, vous allez prendre cher en “productivité”)
Défi de la semaine : expliquez à quelqu’un le troisième cercle du savoir sans prononcer le mot « ignorance ». Bonus, partagez-lui cette édition pour vérifier qu’il a compris (et si vous trouvez la manœuvre un peu retorse, c’est qu’elle l’est).

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