Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle édition d’Un monde accessible ! ☀️
Avec cette chaleur, plutôt que de s’envoler vers un article long et fouillé sur l’accessibilité et les types de sous-titrage à privilégier (ce sera pour la prochaine fois 👀), j’avais envie de vous proposer un article plus personnel aujourd’hui qui résonne avec ce que je vois en ce moment, en moi et autour de moi.
Je veux vous proposer une invitation à ralentir, à considérer les autres et soi-même et à faire les choses avec intention, car oui, l’accessibilité doit aussi commencer par soi-même.
Alors, c’est parti pour, cette fois-ci, un chemin intérieur pour changer les choses et faire advenir un monde accessible. 💜
Sommaire :
Faire moins mais mieux : une résistance
Comment faire concrètement
De mon côté de la planète
Je ne vous apprends rien, tout aujourd’hui nous pousse à en faire toujours plus. Plus de vidéos, plus de contenus, plus d’événements pour faire connaître son association, changer les choses, pour plaire à l’algorithme, avancer…
Lorsque je discute avec des chargées de projet, des producteurs, des réalisatrices et autres créateurs, je me rends compte de cette pression d’en faire toujours plus, de produire, d’avancer vite.
C’est souvent là que l’accessibilité est mise de côté, car vue comme une contrainte supplémentaire dans un emploi du temps déjà surchargé.
Il faut avancer vite. Mais avancer vers où, exactement ?
En tant qu’indépendante, freelance, personne à mon compte, personne non salariée, cheffe d’entreprise, bref, comme vous le souhaitez, je ne ressens que trop bien cette pression. La journée n’est jamais finie car on se dit toujours qu’on pourrait faire plus : sous-titrer plus vite, produire plus d’articles, sensibiliser plus de personnes, écrire au monde entier que l’accessibilité est un droit.
“J’en ai assez fait” n’est pas une phrase que l’on pense, quand on est à son compte et/ou militante.
La pression a été forte ces derniers temps, avec beaucoup de projets en même temps, mais quand cette pression veut m’envahir, je veux résister.
Les derniers projets sur lesquels j’ai travaillé sont un exemple de cette résistance.
Par exemple, j’ai travaillé sur un thriller/film d’horreur indépendant plutôt court, d’une heure mais dont tous les aspects ont été soignés avec une diligence presque rare aujourd’hui : chaque plan est réfléchi, tous les sons ont une signification, chaque objet à l’écran revêt une importance, chaque ligne de dialogue apporte un élément essentiel à l’intrigue.
Pour le sous-titrer, j’ai dû décortiquer chaque son, chaque plan, chaque phrase entendue pour le retransmettre du mieux possible au public français et sourd et malentendant. J’ai voulu mettre autant de soin dans mon sous-titrage que celui qui avait été apporté à la création du film.
Et ça paie : ce film indépendant, une petite merveille originale dans le meilleur sens du terme, a été prise sur une plateforme de streaming bien connue (je vous en parlerai plus à sa sortie 👀).
J’ai aussi travaillé sur un court-métrage documentaire, Chambre 206, réalisé par Laure Bisceglia avec Clair Faravarjoo. Il suit le parcours médical de Clair qui s’apprête à vivre une opération qui va changer sa vie. Un parcours individuel en apparence, mais dont la réalisation si soignée en fait une hymne à l’amitié et à l’acceptation de soi. Tout est pensé avec soin : les couleurs, la lumière, les moments montrés à l’écran. Ce soin transparaît à l’écran et nous transporte.
De même, ça paie. Le court-métrage a obtenu le Prix Unifrance du court-métrage 2026 et a été diffusé dans le cadre du Festival de Cannes. Foncez le voir s’il passe près de chez vous, il continue sa tournée.
Un autre projet récent qui m’a marquée est le documentaire “Par monts et par soi”, réalisé par Suzel Tuybens et Matéo Houyel. Ces deux amoureux ont parcouru la France à pied en suivant l’itinéraire mythique de l’Hexatrek, un parcours de plus de 3000 km qui relie cinq massifs.
Ca aurait pu être juste un film d’aventure de plus avec de magnifiques images, mais non : c’est une ode à l’amour, à la communauté, à la nature. C’est une réflexion sur les doutes quand on marche aussi longtemps, sur le retour à la nature et à nos envies profondes. Encore une fois, fait avec beaucoup de soins, une narration léchée et une bande-son parfaite.
Ça paie également : ce projet complètement indépendant prend son envol, et est diffusé lors de festivals et d’avant-premières dans toute la France.
Ces projets m’ont amenée à une conclusion essentielle. Oui, ces projets prennent du temps. D’ailleurs, les réalisateurs de ces trois projets ont été très impliqués tout au long du processus de sous-titrage afin de répondre à mes questions et que l’on s’assure ensemble que le sous-titrage soit le plus accessible possible.
Mais les spectateurs et spectatrices sont capables de le voir. Alors oui, on ne peut pas diffuser un projet pareil toutes les semaines. Mais l’important n’est-il pas de toucher et de faire en sorte que le plus de personnes possible voient un projet qui nous tient à coeur ?
Presque rien ne rassemble ces trois projets, si ce n’est l’envie des réalisateurs et réalisatrices de le rendre accessible au plus grand nombre. La compréhension que si on a passé du temps sur un film, on veut le diffuser le plus largement possible et ça passe par la mise en place de solutions d’accessibilité.
Avec cette pression de toujours produire plus, on arrive à saturer les spectateurs et spectatrices qui n’en peuvent plus des contenus sans âme, faits à la chaîne, sans soin.
C’est une tendance que l’on voit de plus en plus chez les créateurs : faire moins mais mieux, même si ça implique une résistance. C’est ce que disait d’ailleurs Maud Alavès, experte en communication aux plus de 100 000 abonnés, dans sa newsletter : “communiquer, ce n’est pas une course à l’attention. C’est un acte d’affirmation : dire ce que vous êtes, défendre ce qui compte pour vous et inspirer ceux qui vous ressemblent.”
Pour ma part, de toute façon, le sous-titrage est un art qui prend du temps. Même alors que je croule sous les deadlines et la pression des sorties, le sous-titrage me rappelle que je dois prendre mon temps : trouver la tournure de phrase parfaite, gérer un changement de plan compliqué, retravailler un passage pour arriver à une segmentation “Oscar-worthy” (digne d’un Oscar), comme l’a rappelé une collègue grecque, Nota Mouzaki, dans un post LinkedIn qui m’a fait sourire.
On ne peut donc pas sortir un projet dont on est fier et accessible tous les matins, ni organiser un événement parfait, d’ailleurs. Alors comment faire pour appliquer ce “faire moins, mais mieux ?”
Choisir les projets qui ont le plus de sens pour vous et qui auront le plus d’impact. Par exemple, ne pas organiser un événement tous les mois mais une table ronde tous les deux mois sur un sujet urgent et important et la rendre accessible au plus grand nombre.
Je sais que c’est toujours difficile de choisir un sujet plus important qu’un autre, surtout quand on est militant pour une cause, mais n’oubliez pas l’intersectionnalité, qui consiste à lier les causes entre elles.
Tout comme un monde accessible n’adviendra pas dans un monde brûlé par le réchauffement climatique, un monde habitable ne sera pas vivable sans justice sociale, qui passe par l’accessibilité.
Pour savoir comment rendre votre événement accessible, vous pouvez lire cet article que j’ai écrit à ce sujet.
Je le vois dans les différentes organisations dans lesquelles je vais sous-titrer en direct, que ce soit des associations ou des entreprises : on dit souvent aux personnes motivées de faire “comme on a toujours fait” ou de suivre un processus déjà bien établi.
Mais on ne peut pas faire toujours la même chose et s’attendre à un résultat différent.
Changer les choses implique de changer les codes : inclure l’accessibilité dans le budget d’un événement, l’étape de sous-titrage dans notre planning de diffusion de vidéos ou de communication, par exemple.
De manière générale, commencer à penser aux personnes en situation de handicap, que ce soit dans notre communication ou notre manière de faire de l’événementiel : comment une personne sourde va-t-elle vivre mon événement ? Est-ce qu’une personne en fauteuil roulant peut venir ? etc.
Souvent, lorsque l’on commence à penser “outside the box”, on se heurte à un océan de connaissances que l’on n’a pas. Maintenant que j’ai pensé aux personnes sourdes pour mon événement, comment je fais concrètement ?
Cette étape est tout à fait normale. C’est la première étape de tout véritable apprentissage dans la courbe de l’apprentissage, aussi appelée effet Dunning-Kruger.
Je suis témoin de cet effet particulier chez pratiquement tous mes apprenants.
Quand vous commencez à vous rendre compte de certaines choses, c’est là où vous vous rendez compte que vous ne savez pas tout. Et ce n’est pas grave, tout s’apprend, même (et surtout) l’accessibilité !
Faire moins mais mieux consiste aussi à prendre le temps de se former. Pour commencer, je vous conseille les ressources que mon collectif Silence, on grimpe ! met gratuitement à disposition sur son site.
Et si vous souhaitez organiser une formation, vous pouvez consulter mon catalogue de formation ici.
Souvent, lors des formations, on voit tout ce qui est possible de faire pour rendre plus accessibles ses contenus et événements. Mais une fois sur le terrain, beaucoup de mes apprenants me posent la question : comment faire avec des moyens limités ?
J’en ferai un article dédié dans cette newsletter très bientôt, mais pour donner un premier élément de réponse, je vous invite à réfléchir et à poser sur le papier en toute objectivité ce qui est réellement faisable et possible.
N’est-il pas possible de rogner sur un poste de dépense pour commencer à mettre en place une solution d’accessibilité ?
Ne peut-on pas inclure un budget accessibilité en amont pour ne pas être surpris ?
Ne peut-on pas mettre l’accessibilité dans le brief (par exemple, trouver une salle accessible aux personnes en fauteuil roulant) pour que cela devienne non négociable ?
Peut-on inclure l’accessibilité dans le budget fonctionnement plutôt qu’accessibilité pour la normaliser ?
Pour ces premières questions, je m’inspire de ce que mes clients ont réellement mis en place, mais également de la dernière newsletter de Tamara Sredojevic, experte en accessibilité, qui parle justement de ce sujet. Elle recommande la mise en place d’un pacte pour l’accessibilité :
Il doit avoir du sens pour vous.
Il doit être faisable tout de suite, avec vos moyens actuels.
Il doit pouvoir se répéter sur une durée définie en amont.
Il doit être simple à mesurer : vous l’avez fait ou non.
C’est un premier pas que vous vous engagez à faire.
Enfin, n’oubliez pas qu’un monde accessible, c’est aussi un monde qui m’est accessible et plus vivable pour moi.
Ralentir, c’est aussi prendre soin de soi et de ses ressources.
Produire quelque chose dont on est fier plutôt que de répondre à une pression interne ou externe de toujours produire plus, c’est aussi se valoriser et se préserver.
N’oubliez pas aussi que l’accessibilité sert à tout le monde et à vous aussi, même si vous n’êtes pas ou ne vous considérez pas comme une personne handicapée.
Mais cela n’empêche pas de vous demander : quel aménagement je peux mettre en place ou demander par rapport à ma situation ? Est-ce que telle ou telle limitation, comme une maladie chronique, ne me vaudrait pas une RQTH (reconnaissance qualité travailleur handicapé ?) Qu’est-ce qui me faciliterait la vie ?
Par exemple, la semaine dernière, ma collègue Lucie et moi nous sommes rendues à Montpellier pour l’Assemblée générale d’un syndicat pendant trois jours.
Trois jours de débats intenses, de prises de parole, de décisions, bref, de cerveaux qui brûlent.
Nous n’avons jamais vu autant de personnes entendantes utiliser activement les sous-titres. On nous dit souvent que ça aide aussi les entendants, mais là, nous avons pu le voir tout du long : les gens complétaient leurs notes avec les sous-titres, décrochaient quelques instants puis relisaient, faisaient des recherches en même temps sur les sujets abordés puis relisaient les sous-titres, etc.
A la fin, les retours ont été très positifs et on nous a expliqué que les sous-titres avaient rendu beaucoup plus digestes ces trois jours et avaient poussé à une meilleure participation et compréhension.
La mise en place du sous-titrage en direct a été impulsée par les personnes sourdes, mais a fini par être utile à tout le monde. Souvent, en demandant un aménagement, vous améliorez la vie et les conditions de travail de tout le monde.
Côté formation, la session de formation mars-avril a pris fin, la session de mai vient de commencer avec quatre élèves très motivées. Leurs premiers travaux sont déjà très prometteurs 👀. C’est aussi une fin de semestre pour mes cours de sous-titrage à l’UCLY, l’université catholique de Lyon.
Avec ma fidèle collègue sous-titreuse en direct Lucie, nous avons parcouru la France pour sous-titrer assemblées, tables rondes et conférences à Lille, Montpellier, Paris et Chambéry.
Début mai, c’était le week-end de mon collectif Silence, on grimpe !, l’occasion pour nous de nous voir en vrai et de partager nos avancées en termes d’accessibilité et de sensibilisation.
Le 22 avril, c’était l’avant-première du film Pisse debout ?! de Delphine Daniélou et Clara Domas que j’ai eu le plaisir de sous-titrer. Double sens voulu ici, puisque j’ai sous-titré le film en différé pour les personnes sourdes et malentendantes (SDH) et j’ai sous-titré en direct les interventions des réalisatrices ainsi que la table ronde lors de l’avant-première. Une ode à la sororité qui n’a pas laissé indifférent dans une salle de cinéma comble.
Ma longue formation sur les droits humains que je sous-titre depuis presque un an va bientôt s’achever. Elle m’a donné l’occasion de parfaire mes connaissances en termes de droit international et de fonctionnement judiciaire. J’ai hâte qu’elle soit disponible aux apprenants.
C’est tout pour aujourd’hui, j’espère que cette édition vous a plu ! Comme d’habitude, je réponds à vos questions par mail et par message et si vous souhaitez aller plus loin :

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