Juin. Les journées s’allongent, la fatigue scolaire s’accumule, et le niveau d’excitation des enfants crève le plafond.
C’est exactement dans ces moments-là qu’on entend cette phrase.
Cette semaine, on parle d’une excuse qu’on sort trop facilement. Et de ce qu’elle coûte vraiment à nos garçons.
Bonne lecture.
Hello,
Au parc. À la sortie de l’école. Dans la cour.
Deux garçons se bousculent, se tapent, crient. Et on entend, immanquablement :
“C’est de l’énergie masculine !” “C’est un vrai petit mec.” “Bah, boys will be boys...”
On sourit. On lève les yeux au ciel avec indulgence. Et on passe à autre chose.
Mais attends. Pendant qu’on regarde nos garçons se bagarrer en souriant, qu’est-ce qu’on fait avec nos filles dans la même situation ? On leur demande d’être calmes. Posées. De régler ça par la parole. De “faire attention”.
Deux enfants. Deux poids. Deux mesures.
On croit souvent, de bonne foi, que l’agressivité des garçons est biologique. Qu’il y a quelque chose dans leur nature, une mystérieuse “énergie masculine” qui justifie qu’on leur passe ce qu’on ne passerait jamais à une fille.
Sauf que la science dit autre chose. À cet âge, il n’y a aucune différence hormonale qui justifie une telle disparité de comportement.
La différence, elle est pas dans leur nature. Elle est dans notre regard.
Et c’est là que ça devient intéressant. Et un peu inconfortable.
Parce qu’en excusant l’agressivité de nos garçons sous prétexte que c’est “dans leur nature”, on leur rend un très mauvais service. On les prive d’un apprentissage fondamental : savoir réguler ce qui se passe en eux. Identifier une émotion. La nommer. Trouver quoi en faire autrement que taper.
C’est pas de la gentillesse. C’est de l’abandon éducatif déguisé en tolérance.
Trois choses concrètes. Simples. Qui changent vraiment la dynamique.
On sépare l’émotion de l’action. L’émotion est toujours valide. Le comportement ne l’est pas forcément. “Je vois que tu es très en colère. T’as le droit d’être en colère. Mais je n’accepte pas que tu tapes.” C’est pas la même chose que “Arrête ça tout de suite”. Ça nomme ce qui se passe. Et ça lui apprend à le nommer aussi.
On crée des espaces de décharge qui ne blessent personne. Un enfant fatigué a parfois un vrai besoin physique de faire sortir la pression. C’est réel. Alors au lieu de le laisser cogner son frère, on redirige : “Si t’as besoin de taper, tape de toutes tes forces sur ce coussin. Mais pas sur une personne.” La soupape existe. Elle est juste ailleurs.
On ne minimise jamais le geste, même “pour jouer”. Si ça blesse, physiquement ou émotionnellement, on arrête. Et on répare. Avec la même exigence qu’on aurait pour n’importe quel autre enfant.
Nos garçons ne naissent pas bagarreurs. Ils naissent avec des émotions intenses et sans les mots pour les exprimer.
Notre boulot, c’est de leur donner ces mots. Pas de leur fournir des excuses toutes faites qui les dispensent de les chercher.
Adelphiquement,
Cédric
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