Enfant, je passais sous le boulevard périphérique matin et soir pour mon aller/retour quotidien à l’école. Collée au Pré-Saint-Gervais, l’école des Cheminets fait partie des rares établissements scolaires parisiens situés de l’autre côté du périph’.
Une singularité qu’elle partage avec quelques autres bâtiments publics ou privés, des enceintes sportives, des lieux de teufs (le Virage, la Station) et de quelques habitants.
Le périph’, ce ruban d’asphalte qui ceinture Paris créé une discontinuité forte entre la capitale et les villes limitrophes. Tellement forte qu’il est souvent associé - à tord - à la limite administrative de Paris.
Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter presque 200 ans plus tôt. À partir de 1840, la limite de Paris est clairement matérialisée par l’enceinte dite “de Thiers”. Une épaisse fortification (parapet, escarpe, contrescarpe, fossé et glacis de 250m) conçue pour être infranchissable par un potentiel ennemi. L’histoire a montré que cet objectif était finalement utopique et l’enceinte perd petit à petit ses fonctions militaires (après la défaite de 1870) pour finalement être détruite à partir de 1919, laissant à sa place un espace libre de plusieurs dizaines voir centaines de mètres de large.
À la suite de la démilitarisation, cet espace est rapidement investi par des populations cherchant à se loger. Zone non-constructible, les habitations qui s’y créent sont de bric et de broc, transformant rapidement l’ex-glacis en bidonville géant. La zone perdurera jusqu’en 1956, date à laquelle le périph’ commence sa construction.
Tour à tour fortification militaire, bidonville puis boulevard périphérique, cet espace qui ceinture la capitale depuis 1840 est bien encré dans l’imaginaire collectif comme étant la limite de Paris. Et même si l’objectif premier de l’enceinte de Thiers a échoué (invasion de la Prusse en 1871), elle a tout de même profondément cicatrisé le territoire.
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