Depuis l’an dernier, j’ai commencé à m’intéresser à l’intégration d’archives et de documents au sein des expositions temporaires et des parcours permanents, à la recherche d’exemples pertinents. Dans ce numéro, je partage quelques-unes de mes observations sur cette pratique, sans prétention à l’exhaustivité. Bonne lecture, et j’attends vos recommandations en commentaire !
Dans les musées, la documentation peut être mise à disposition dans un espace consacré, accessible gratuitement et indépendamment des espaces d’exposition. S’il existe sans doute des exemples plus anciens, le musée du quai Branly a acté le concept en 2006 avec le salon de lecture Jacques Kerchache. Là où l’accès à la médiathèque du 5e étage est réservée aux chercheur·ses, étudiant·es et professionnel·les justifiant d’un objectif de recherche, le salon de lecture est accessible gratuitement, sans billet d’entrée, depuis le hall du musée. On peut y consulter une sélection d’ouvrages issues des collections, parmi lesquels les catalogues des expositions, diverses revues de sciences humaines et sociales ainsi que la bédéthèque mondiale du musée. Le salon de lecture propose également des rencontres en écho à la programmation du musée et à l’actualité de la recherche et des éditions en SHS. Il s’inscrit dans le prolongement thématique de l’institution, tout en permettant plus de réactivité (voire d’audace) dans le traitement des débats qui traversent la société.
Sur le même modèle, le Musée d’histoire urbaine et sociale de Suresnes (Hauts-de-Seine) dispose d’un centre de documentation, lui aussi accessible depuis le hall d’entrée, librement les mercredis après-midi et sur RDV les autres jours. Dans la continuité du positionnement du MUS, le centre de documentation concentre ses collections sur l’urbanisme social, et notamment sur les cités-jardins.
On trouve également une salle de lecture en marge du parcours permanent du Centre culturel suédois, à Paris. Elle contient des ouvrages en français, en anglais et en suédois. Certains sont en libres accès sur la table centrale, et d’autres, en vitrine sous clés, peuvent doivent être demandés aux médiateur·rices. La sélection est éclectique : de la littérature jeunesse aux polars pour les adultes, en passant par des beaux livres et des ouvrages touristiques. Si l’approche est plus généraliste, j’apprécie particulièrement l’intégration au cœur du parcours, qui permet de faire une pause dans la visite.
Le Schwules Museum de Berlin est le musée des cultures et des identités queer. Ouverte de fin 2024 à août 2025, l’exposition Young Birds from Strange Mountains – Queer Arts from Southeast Asia and its Diaspora présentait, comme le sous-titre l’indique, les productions d’artistes originaires d’Asie du sud-est. Je l’ai visitée dans ses derniers jours.
Placée au centre de l’exposition, la salle Strange Mountains Archive proposait une grande variété de documents papiers : photos, livrets et zines, coupures de presse, affiches et flyers pour des soirées et des événements, etc - certains en vitrine et d’autres en consultation libre. Deux écrans munis de casques ainsi que des lecteurs .mp3 équipés d’oreillettes permettaient de consulter des témoignages audio et vidéo.
Le texte de présentation, que je reproduis dans le carrousel ci-dessus, invitait à interroger la notion d’archive elle-même, autour des questions “de conservation par les personnes concernées, de transmission des savoirs et de collecte, au-delà des barrières politiques et sociales”. Il y était également indiqué que cet espace, “archive-dans-l’exposition”, offrait “un lieu de rencontre, de réflexion et d’engagement, permettant d’alimenter le dialogue et d’approfondir les histoires complexes sur les archives communautaires et la production artistique.”
Musée de la capitale néerlandaise, l’Amsterdam Museum est actuellement fermé pour travaux et, à la manière du Centre Pompidou, déploie une programmation dans divers lieux. Panorama Amsterdam. A Living History of the City est un accrochage semi-permanent, présenté de mars 2022 à juin 2025 au sein de l’H’ART Museum, que j’ai visité au printemps dernier. Les collections y étaient présentées dans une grande nef, très haute sous plafond. Aux murs et devant les murs, des tableaux, des sculptures et des objets d’art formant un parcours chronologique. Au centre de la nef, une boîte toute en longueur, elle-même segmentée en plusieurs salles thématiques dans lesquelles se trouvaient des documents et des dispositifs de médiation.
Les deux parcours étaient à la fois distincts et complémentaires : il était possible de se contenter des collections “beaux-arts” sur les murs, mais le contenu de la boîte centrale proposait d’approfondir les sujets abordés, parmi lesquels la place des femmes et des minorités de genre, le racisme et la ségrégation dans l’histoire de la ville. La scénographie était astucieuse : des nombreuses fenêtres percées dans les murs permettaient de consulter des documents (orignaux et reproductions associés) tout en gardant un œil sur les objets qu’ils venaient éclairer. L’ensemble créait un dialogue à la fois poétique et scientifique entre les deux accrochages, à travers un dispositif de médiation élégant.
C’est tout pour aujourd’hui. Merci à Emmanuel Resche-Caserta et à Philippe Colomb, avec lesquels j’ai visité certaines de ces expositions, et à bientôt pour un prochain numéro.
Sébastien Magro
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