D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été un petit poisson. La tête sous l'eau, les pieds battants à la surface, les bras grands écartés, je plongeais à ravir dans les eaux méditerranéennes.
Nous savourions la moitié de nos deux mois estivaux dans la maison familiale sur la Côte d'Azur et je passais de longues heures à barboter, d'abord au bord de la plage puis entre les rochers à la poursuite des roucaous : des toutes petites blennies et autres gobies à grosse tête qui nichaient dans les flaques.
Avec quatre enfants, mes parents avaient trouvé dans la piscine une source de joie intarissable et d'épuisement proportionnel. Avant nos quatre ans, nous étions de petits mammifères marins parfaitement à l'aise dans l'eau. Mon sport préféré à l'école restait le grand bain, peu importe les changements des corps ou des regards.
Pour autant, je n'ai jamais pratiqué la natation en tant que telle. Pas vraiment disciplinée à faire des longueurs répétitives, j'aimais surtout la sensation de l'eau, de glisser entre les éléments, laisser le liquide m'entourer et me contenir.
Avec quelques stages de planche à voile, de catamaran et une petite expérience de surf à mon actif, j'étais beaucoup restée à la surface de l'eau.
Habiter à Marseille deux ans avant mon installation berlinoise m’avait fait apprécier la vie en bord de mer. Son marché aux poissons dans le port, son très chic et fermé Club des Nageurs, sa verve, son soleil brûlant, son mistral fort comme la tempête composaient un paysage lumineux et éclatant, bien loin des profondeurs qui ne m'avaient jamais particulièrement attirée.
Dans une nuit froide et sans fin, j'imaginais des bêtes armées d'une petite loupiotte en antenne et de longues dents côtoyer les poulpes géants qui ornaient les pages des Guiness World Record. Ou, comme le suggérait Le Musée national de la Marine à Paris, le quotidien dans un sous-marin non moins obscur, rythmé par un sonar rougeoyant.
Il a suffi d'un début d'été à Ajaccio en Corse sur La Plus Belle Ile du Monde (pays de Napoléon, chasse au sanglier et au mouflon, pêche à la truite - les vrais savent) et d'un stand tenu par une équipe extra à proximité de la maison pour tomber en amour avec la discipline.

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