RSS Amplifier

TLDR par Benoit Zante · Nov 6, 2025

(Ré)apprendre à apprendre

0
Sign in to vote or save

Benoit Zante · TLDR par Benoit Zante

Peut-être que comme moi, vous avez pris l’habitude, lors de la lecture d’un livre ou d’un magazine, de prendre en photo avec votre smartphone les pages qui vous “parlent”… Et, comme moi, vous vous retrouvez avec de très nombreuses photos de ce genre dans vos téléphones, dont vous ne faites finalement pas grand-chose.

Ces dernières semaines, je me suis justement plongé dans “Apprendre à apprendre : le super pouvoir à l’ère de l’IAque viennent de publier Agnès Alazard-Rool et Annabelle Bignon, les fondatrices de Maria Schools*.

Oui, un livre de plus sur l’IA…

“Mais la suite va vous étonner 👇” comme on dit sur Linkedin.

Ce ne sont pas seulement quelques pages par-ci, par-là, que j’ai commencé à prendre en photo au fil de ma lecture, mais une bonne trentaine au total !

Leurs constats, les différents témoignages et les pistes de solutions pour repenser l’éducation à l’heure de l’IA m’ont particulièrement parlé, à la fois pour moi, mes enfants, mais aussi pour les étudiants que j’accompagne cette année encore à Sciences Po.

Je vous partage quelques-uns des passages qui m’ont fait dégainer mon smartphone :

Sur le constat, qui dépasse le seul cadre de l’arrivée de l’IA dans notre quotidien :

Au moment même où le monde n’a jamais produit autant de savoirs, nous sommes nombreux à nous sentir perdus, débordés, voire impuissants. Ce n’est pas un manque d’informations qui nous fragilise, mais un manque de repères pour les interpréter. De boussoles pour naviguer.

Mais alors, que fait-on, quand le monde se fissure sous nos pieds. Quand l’épuisement devient système, et que les récits collectifs se défont en silence ? Dans ces moments de bascule, on cherche des issues dans le futur, on s’agite autour de technologies, on fantasme des révolutions. Et si la réponse tenait, en partie, dans un geste plus discret, plus profond, presque banal en apparence : apprendre. Ou plutôt, réapprendre. Non pas pour s’adapter encore, un peu plus vite, au monde, mais pour retrouver notre capacité à voir, à sentir, à relier, à interpréter.

Le modèle de l’école qui prépare le citoyen pour un monde stable, qui lui permet de vivre libres, autonomes, et souvent au détriment d’une vision collective, peine à créer des capacités d’attention, d’écoute et de coopération dont nous avons besoin aujourd’hui. […] L’école continue de fonctionner selon un principe d’autorité qui ne suffit plus à préparer à l’incertitude. Elle valorise la performance individuelle plus que l’apprentissage collectif, et peine à faire place au doute et au questionnement.

Sur la problématique de l’expertise et les pistes d’adaptation :

Tant que nous croyons savoir, nous filtrons le monde à travers des cadres mentaux parfois dépassés. Tant que nous fuyons l’incertitude, nous restons figés. Il faut donc entraîner l’esprit, à l’instar d’un corps de gymnaste, le mettre dans les bonnes dispositions pour comprendre le nouveau. Le vrai danger aujourd’hui, ce n’est pas l’ignorance. C’est la certitude mal placée.

Dans un monde de plus en plus complexe et en constante mutation, ce qui est demandé et nécessaire, ce sont les profils hybrides, capables de faire preuve de créativité, d’adaptabilité et de pensée transversale. Les profils “en T”, c’est-à-dire ayant une forte expertise dans un domaine tout en possédant une connaissance large dans d’autres, sont aujourd’hui privilégiés.”

La compétence d’avenir, ce n’est pas l’expertise, c’est la capacité à relier. À relier des disciplines, des expériences, des mondes”.

“Plus une personne est reconnue comme experte, plus elle a tendance à devenir rigide, à rejeter les idées nouvelles, à défendre inconsciemment son cadre mental. L’expertise devient alors un filtre plus qu’une boussole, elle réduit la capacité à percevoir des signaux faibles, à changer d’avis, à s’ouvrir à l’inattendu. Sinon, nous réagissons à des crises avec des réflexes formés dans un monde qui n’existe plus. Refuser de désapprendre, c’est risquer de rater le réel.

Et en guise de conclusion :

“Nous souffrons plus d’un manque d’horizons que d’un manque de solutions. Réintroduire du récit désirable, c’est rouvrir des futurs.”

“Aujourd’hui, si nous voulons bifurquer, si nous voulons réapprendre à habiter un monde aux repères incertains, il faudra bien commencer par là : reconnaître que ce que nous appelons ‘normal’ est souvent juste une anomalie qui a duré trop longtemps. En effet, peut-on vraiment continuer à forer et à vivre dans cette logique d’extraction permanente, y compris envers nos propres ressources d’attention, d’émotions, d’énergie mentale ? Le soi, comme le sol, est devenu la dernière matière première à rentabiliser. L’humain, sommé de ‘se réaliser’, devient progressivement son propre gisement.

Ce ne sont là que quelques morceaux choisis parmi beaucoup (beaucoup) d’autres… Je vous laisse maintenant vous plonger, vous aussi, dans ce magnifique sujet, et explorer différentes pistes pour réapprendre à apprendre. Et continuer à cultiver sa curiosité !

Benoit Zante

* Disclaimer : j’ai travaillé avec Maria Schools sur la rédaction d’un livre blanc au sujet du “management hybride” en 2022, et donné plusieurs cours d’écriture à leurs étudiants, avant l’arrivée de ChatGPT… Je commençais d’ailleurs toujours les sessions par une question en forme de provocation : “à quoi bon apprendre à écrire, puisque demain les robots le feront à notre place ?”

Read the original on benoitzante.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.