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TLDR par Benoit Zante · May 5, 2026

La boîte de sa vie

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Benoit Zante · TLDR par Benoit Zante

J’ai profité de ces vacances de printemps pour faire un peu de tri dans mes notes des derniers mois - il y a sûrement une IA qui pourrait faire ça à ma place, mais c’est une tâche que je n’ai pas vraiment envie de déléguer !

J’y ai notamment retrouvé une intervention marquante dont je n’ai rien fait : celle de Wilfried Granier, le fondateur du site Superprof. C’était lors de la conférence Zero To One à Nantes, en janvier dernier. J’ai déjà parlé de cet événement, autour d’un de ses fils rouges inattendus : les témoignages de burnout, de dépression, de liquidations, d’entrepreneurs qui avaient tout donné et s’en étaient retrouvés brisés…

Mais le témoignage de Wilfried Granier était d’une autre nature.

Superprof se présente comme “le Airbnb du prof particulier” (je l’avoue, je ne connaissais pas avant). C’est d’ailleurs en découvrant Airbnb qu’il en a eu l’idée. Brian Chesky avait créé suffisamment de confiance pour que deux inconnus s’échangent les clés d’une maison. Wilfried Granier a voulu faire la même chose, mais pour l’éducation.

Il lance donc son site en 2013. À l’époque, tout le monde lui dit de faire payer les professeurs ou de prendre des commissions sur les cours. Mais il décide de faire payer plutôt les élèves. De fait, sur ce marché, la commission ne fonctionne pas sur le long terme : au bout d’un moment, le professeur et l’élève se connaissent, ils “bypassent” le site. C’est la même problématique pour des plateformes comme Malt dans le freelancing.

Superprof affichait 60 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier (objectif 100 millions pour 2026) et 38 millions de professeurs référencés (malgré une sélectivité revendiquée), avec une équipe de 250 personnes à Paris. Le tout, sans levée de fonds. Ce n’est pas par manque d’ambition, mais pour ne pas rentrer dans les logiques de croissance à tout prix et d’exit programmé. Surtout, ce choix s’explique parce que Superprof est pour son fondateur “la boite de [s]a vie”.

Pour autant, cette approche “bootstrap” ne l’a pas empêché de croître et de racheter des concurrents : 18 au total à travers le monde ! Le premier, en Espagne, a été financé par un crédit vendeur : Wilfried Granier a aidé le fondateur à trouver son projet d’après, lui a versé 20% lors du deal et remboursé le reste avec le chiffre d’affaires généré par la fusion. “Il faut juste gagner un euro de plus que ce qu’on dépense”, résume-t-il, en rappelant que Superprof est rentable depuis le premier jour.

En suivant cette logique, la plateforme est aujourd’hui présente dans 75 pays, avec 75 sites entièrement localisés. L’enjeu : que la version mexicaine ressemble au site d’une entreprise mexicaine, pas à celui d’une startup parisienne traduit en espagnol.

Paradoxalement, c’est le covid a permis à la startup de percer aux Etats-Unis, alors qu’elle y enchaînait les pertes depuis 6 ans, de l’ordre de 300 000 à 500 000 euros chaque année. En effet, après plusieurs semaines à l’arrêt, les cours en distanciel, que Wilfried Granier résistait avant à adopter, sont venus lever les contraintes géographiques. Un élève à New York a soudain pu être mis en relation avec un professeur de Los Angeles. Avec comme coup de pouce un PGE de 2 millions d’euros, l’aventure américaine démarre enfin.

Depuis, la croissance ne s’est pas infléchie et Wilfried Granier peut continuer à suivre ses intuitions et ses envies, comme une campagne de marque à 6 millions d’euros (dont 220 000 euros pour les seuls droits musicaux, mais à mettre en regard avec les 30 millions d’euros dépensés chaque année chez Google) ou des bureaux co-construits avec les équipes (pour 20 millions d’euros) qui lui permettent d’abolir le télétravail sans que personne ne puisse vraiment protester…

Son principal conseil, en guise de conclusion ? “Ne jamais écouter les conseils des autres. Le seul truc qui marche, c’est de faire avec passion et amour. L’amour, c’est irrésistible.”

C’est peut-être aussi simple que ça.

Benoit Zante

PS. Une autre intervention qui m’a marquée ces derniers mois est celle de Charles Pépin, à ChangeNow (“Et si la vie n’était qu’une permanente reconversion ?”). Elle est disponible en ligne ici.

Read the original on benoitzante.substack.com

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