Le mot de la patronne
Bon, ok, je vous ai épargné l’affaire Betharram dans la dernière newsletter, mais ça continue de me tarauder. Alors qu’on s’interroge sur les sévices couverts par l’enseignement catholique, je pense très fort à “Paracuellos”, écrit à la fin des années 1970 par Carlos Gimenez. L’auteur espagnol y raconte son enfance dans un orphelinat géré par des bonnes sœurs après la guerre civile. Et c’est juste : horrible. Coups, brimades, humiliations… et surtout l’impression que tout cela est absolument arbitraire. Imprimés sur ma rétine, ces images d’enfants chétifs, affamés, larmoyants. Cette BD, lue dans mon enfance, m’a absolument traumatisée. Voici donc mon top 3 des BD découvertes beaucoup trop jeunes – merci à Fluide Glacial, quelle formation !
“Certains l’aiment noir” de Foerster
“Paracuellos” de Carlos Gimenez
“Rhââ Lovely” de Gotlib
7 trucs cools vus au CBBD
Récemment, j’ai emmené mon fils au Centre Belge de la Bande Dessinée de Bruxelles pour lui apprendre la vie. J’avais oublié à quel point c’est un ravissement. La preuve par sept.
“Dickie” de Pieter De Poortere est mis à l’honneur, avec même une version animée. Cette BD, mélange de graphisme mignon et de propos trash, gagnerait à être plus connue.
Super parcours sur le processus de fabrication d’une BD. Recherches, storyboard, lettrage, colorisation, choix de la couverture… C’est très instructif et les exemples, récents, mettent des étoiles dans les yeux : “Il y a longtemps que je t’aime” de Marie Spénale (Casterman), “Antipodes” de David B et Eric Lambé (Casterman), “Impénétrable” d’Alix Garin (Le Lombard), “Pucelle” de Florence Dupré la Tour (Dargaud)…
Une nouvelle expo permanente intitulée “Un siècle de BD belge” contient en son cœur un “Hall of Fame”, avec Hergé, De Groot, Franquin… Le mausolée qu’ils méritent. De nombreux détails sur le dispositif dans cet entretien avec Isabelle Debekker, qui dirige le CBBD depuis 2019.
Un “serpent de mer”, dessiné par Eléonore Scardono et animé guide cette expo patrimoniale. Ambiance dark, mais élégante.
Une autre expo joyeuse est consacrée aux 25 ans de L’Employé du moi, qui a eu le bon goût de publier “Sangliers” de Lisa Blumen ou “Sibylla” de Max Baitinger. Avec un simulateur rigolo qui vous attribue une tâche “aussi ingrate que réjouissante” dans une maison d’édition indépendante.
Autre événement prometteur : “Le livre-objet en BD”, avec pléthore de raretés et une large place accordée à Marc-Antoine Mathieu, king de l’expérimentation.
Evidemment, ma préférence va au moment “Eurêka” de mon fils devant un cartel mentionnant Peyo : “C’est les Belgiciens qui ont inventé les Schtroumpfs !!”
3 BD que je voulais aimer mais en fait bof
“Maya contre la malédiction du centre d’achat”, par Sophie Bédard, Pow Pow, 372 p., 27 euros.
Schéma classique de huis clos face à une attaque de monstres type zombies. Pourraient-ils avoir été invoqués par l’ex de Maya, un certain Samuel, magicien de son état ? Force est de constater que je suis trop tebê pour lire de la BD québécoise. Ce n’est qu’à la moitié du livre que j’ai compris que centre d’achat = centre commercial.
“Du pain blanc et du chocolat”, par Pascal Matthey, L’Employé du moi, 88 p., 18 euros.
Appâtée par les planches magnifiques, hyper réalistes, présentées dans l’expo de L’Employé du moi au CBBD, je me suis ruée sur cet ouvrage. Pascal Mathey y interroge l’héritage de sa famille allemande, avec un grand-père enrôlé de force dans la Wehrmacht et fait prisonnier de guerre par les Britanniques. C’est une BD assez lancinante, qui superpose les images de particularités culturelles allemandes. Ce que j’ai préféré, c’est leur décryptage dans le lexique de fin. Sur le même thème (et presque le même procédé !), “Heimat” de Nora Krug (Gallimard BD) frappe plus fort.
“Katya”, par Antoine Schiffers, Casterman, 144 p., 25 euros.
Bravo à ce jeune auteur qui vient de remporter le prix BD des “Inrocks” de la meilleure première œuvre. On y suit Katerina, à la recherche de sa fille Katya ou au moins d’une trace, dans la Tchétchénie dévastée. Dessin du type Gipi-esque et périple qui tourne en rond. Je comprends que c’est l’idée, raconter la guerre en continu, partout, tout le temps et les femmes qui trinquent. Mais c’est aussi prendre le risque d’un manque de relief. “Katya” m’a évoqué “Chers camarades !”, film génial d’Andreï Kontchalovski et peut-être que Schiffers aussi étant donné la scène de tombe qu’il décrit ici.
Idée business de génie
Connaissez-vous Girls on Top ? C’est un site branché de t-shirts minimalistes avec des noms de femmes artistes. On y trouve un large choix de it-girls du ciné, de Coralie Fargeat à Sofia Coppola en passant par Emerald Fennell, mais aussi de la littérature contemporaine (Miranda July) ou moins (Daphne du Maurier, Virginia Woolf). Je propose d’ajouter ma pierre à l’édifice du snobisme, avec des autrices de BD qui méritent qu’on fasse claquer leur nom sur nos boobs.
Suggestion de présentation. Attention ! Peut contenir des traces de manque de talent en Photoshop.
Télégrammes
Dites donc, je ne vous ai pas vus à la rencontre que j’animais avec Catherine Meurisse dans le cadre du festival MOT pour Mots ? Je ne vous félicite pas. Pour la préparer, j’ai enfin visionné “Conciliabule”, l’émission BD de France TV présentée par Pénélope Bagieu, dans laquelle Meurisse fut la première invitée. Quel régal de plonger dans ce puits d’intelligence et de grâce ! À votre replay.
Je ne vous ai pas vus non plus pour Lucas Harari. Vous avez eu tort, le boug était passionnant. J’ai résolu l’énigme de savoir si “Le Cas David Zimmerman” (Sarbacane) était le synopsis ou pas du prochain film de son frère Arthur Harari (“Anatomie d’une chute”). Réponse : oui et non. Les Harari2 ont écrit ensemble la BD et le scénario, mais il s’agit de versions différentes de la même histoire. Le tournage, avec Léa Seydoux et Niels Schneider, est déjà achevé.
En plus d’illustrer la couverture de “Nerona” (Actes Sud), le prochain livre d’Hélène Frappat à paraître à la rentrée littéraire, Nine Antico annonce adapter un autre titre de l’écrivaine, “Trois femmes disparaissent”. J’aime quand les autrices féministes se trouvent, un peu comme Pénélope Bagieu et Lola Lafon, qui travaillent sur une BD sur les rapports mère/fille pour le 5 novembre.
Pourquoi s’arrêter sur cette lancée d’auto-promo ? J’ai eu l’opportunité de rencontrer la très agréable Emile Tronche, créatrice de la mini-série d’Arte “Samuel”, qui est devenue une BD (Casterman). Un passage de l’écran à l’écrit réussi. Oui, on peut pleurer deux fois à “Un homme heureux”.
Bon, ok, je flex aussi un peu parce que j’ai pris le thé au Ritz avec Naoki Urasawa.
On parlait dans la newsletter précédente des dix ans de “Zaï zaï zaï zaï” de Fabcaro (6 pieds sous terre). J’aime beaucoup l’hommage que lui rend son poteau Gilles Rochier : “le mec on parle de lui de partout, tout le monde est dithyrambique sur l’animal, y a pas un secteur culturel qui ne référence pas son travail et lui tranquille, toujours discrètement il vient pour ton anniversaire…”
Gestion de crise chez Glénat Manga après une cyberfronde contre une retouche malencontreuse dans l’édition Prestige de “Berserk”. Quand on a eu l’opportunité de visionner des planches originales de Miura, l’affaire paraît encore plus grave.
Mafalda est quasi-inconnue aux USA. Comment ont-ils pu vivre sans ?
Par conséquent, ça donne un peuple qui censure “Calvin & Hobbes”, ce joyau.
Il reste quelques Américains à sauver, comme Chris Ware, qui évoque dans cette passionnante interview le soutien que lui ont apporté les écrivains Dave Eggers et Zadie Smith. Il revient également sur le dispositif “la BD à tous les étages” au centre Pompidou en 2024, qui restera un marqueur de l'histoire de la discipline.
Apparemment il n’y a qu’un seul graphiste en France et c’est Etienne Robial. Après avoir fait le logo de Canal+ ou L’Equipe, le cofondateur des éditions Futuropolis se colle au dossier T18. Tant mieux, on aime sa bonhommie et sa collection de critériums.
Y a-t-il des limites aux produits dérivés ? On est en droit de se poser la question devant le rince-doigts Anouk Ricard.
La France a un incroyable talent : Guillaume Singelin.
Poursuivi pour viol, le dessinateur Midam (“Kid Paddle”) a été innocenté par la justice belge.
J’ai mal à mon Peyo. Lavez-vous les yeux avec ces cases parfaites des “Schtroumpfs et le Cracoucass”.

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