Et bien le bonjour à toutes et à tous !
Avant d’aller plus loin : j’ai créé cette page où tu pourras voter pour ton épisode préféré d’Histoires d’Argent. Je recontacterai les invité·es des épisodes les plus votés pour leur proposer de faire un épisode 2. Enjoy ! 🥳
Il y a quelques mois, dans ma newsletter sur Qui veut être mon associé, j’avais écrit une phrase un peu en passant, comme ça, sur les gens aux valeurs progressistes et leur relation à l’argent.
J’avais conclu par “j’en parlerai prochainement dans un post dédié, tiens.”
Bon, je t’avoue que j’ai un peu beaucoup procrastiné ce post.
Je sais à quel point c’est un sujet sensible, intime. Je sais aussi qu’il touche des gens que j’aime, des gens qui me lisent, et aussi, je vais pas te mentir, le mec que j’étais il y a encore quelques années 🤓.
Parce que voilà : je suis ce gars qui a payé ses équipes au SMIC pendant 15 ans, qui a sous-évalué les prestations de sa boîte pendant toutes ces années et qui refusait de “se la raconter” alors que madmoiZelle avait un vrai impact sur toute une génération de jeunes femmes.
Et si on m’avait demandé à l’époque pourquoi je faisais tout ça, je t’aurais sans doute répondu un truc du genre : “parce que j’adore ça”.
Aujourd’hui et avec le recul, je sais que c’était bien plus compliqué que ça.
J’ai lancé il y a quelques semaines une enquête pour mieux comprendre la relation à l’argent des entrepreneurs et des freelances.
Il y a un profil qui revient encore et toujours.
Ce sont des personnes qui ont des projets porteurs de sens. Des métiers magnifiques.
Ils ou elles sont ergothérapeutes, couturières, illustrateurs ou illustratrices, designers, coachs, fleuristes, paysagistes.
Et elles partagent toutes, à des degrés divers, la même tension : elles veulent gagner de l’argent, mais quelque chose en elles leur dit que c’est pas bien.
L’une d’elles a écrit ceci, qui résume tout en une seule ligne. Je la cite :
“Croyance classique de meuf de gauche où l’argent = quelque chose de pas bien, truc de droite, alors qu’intimement j’aimerais bien en gagner plus.”
On sent dans cette phrase toute la tension qui caractérise tellement de gens qui font des métiers “qui ont du sens”.
“Intimement j’aimerais bien” vs “croyance classique”.
D’un côté le désir, de l’autre la croyance. Et entre les deux : la culpabilité.
Une autre me pose une question tellement importante :
“Comment gérer le conflit d’intérêt entre mon envie de gagner de l’argent et mes convictions, notamment sur la décroissance ?”
Et une troisième, designer d’espaces, qui gagne de l’argent mais n’arrive pas à en profiter :
“Accepter de gagner beaucoup d’argent, mon métier le permet, sans culpabiliser. Et accepter que je m’adresse à un public haut de gamme, qui contrarie mes valeurs de solidarité sociale.”
Tu vois le motif ? Ce ne sont pas des gens qui ont peur de manquer (enfin, pas que). Ce sont des gens qui ont peur de trahir qui ils sont en gagnant de l’argent.
Et ça, c’est un sujet que je n’ai jamais traité de front. Alors on y va.
Je vais te donner mon avis. Attention, je ne suis ni sociologue ni politologue, je suis un coach qui a bossé avec plus de 70 personnes sur leur relation à l’argent et interviewé des centaines d’autres dans mon podcast Histoires d’Argent.
Cette croyance ne sort pas de nulle part. Elle a des racines profondes dans notre culture, en France peut-être plus qu’ailleurs :
Pense aux figures culturelles qu’on nous a données.
D’un côté, les “riches” dans les films (Le Loup de Wall Street par exemple ?), les séries, les livres : souvent des personnages antipathiques, froids, manipulateurs.
De l’autre, les “pauvres nobles” : courageux, authentiques, vrais. Les Thénardier vs Jean Valjean (qui, tu noteras, ne devient un homme bon qu’APRÈS avoir fait fortune. Mais ça, tout le monde l’oublie).
Et puis il y a le milieu dans lequel on évolue.
Si tu es dans un univers associatif, créatif, dans les métiers du soin, dans le monde de la culture, les cercles où on “fait le bien”, parler d’argent avec enthousiasme, c’est souvent un faux pas social.
Ça fonctionne exactement comme les maximes familiales dont j’ai parlé dans mes 25 réflexions sur l’argent : des règles non-dites mais ultra-puissantes, érigées en sacro-saints principes sans être vraiment questionnées.
Sauf qu’ici, la maxime ne vient pas de Papa ou Maman. Elle vient de ton milieu social, de tes études, de tes potes, de l’air du temps.
“Chez nous, on ne parle pas d’argent.” → version famille
“L’argent, c’est un truc de droite.” → version milieu social
Même mécanisme. Même effet dévastateur sur ta boîte.
Alors attention. Je ne suis PAS en train de dire que les valeurs, c’est bidon, ou que les gens qui veulent changer le monde sont naïfs. Pas du tout. J’ai moi-même des valeurs et des convictions, et je n’ai pas l’intention de les lâcher.
Ce que je suis en train de dire, c’est que souvent, nos “valeurs” servent de couverture à quelque chose de plus profond qu’on ne veut pas regarder 🫣.
C’est ce que j’avais effleuré dans mon article sur Qui veut être mon associé : “Attention à bien vérifier que derrière ces valeurs, ne se trouvent pas d’autres ombres.”
Aujourd’hui, j’ai envie de développer.
Voici ma question à 10 millions d’euros (wink wink Anthony Bourbon) :
Et si “l’argent, c’est sale” n’était pas une conviction, mais un mécanisme de protection ?
Si tu me suis depuis un moment, tu connais mon concept préféré : l’argent est un mur blanc. Un mur sur lequel on projette nos croyances, nos peurs, nos espoirs.
Or, il faut commencer par remettre l’argent à sa juste place : l’argent est un moyen de transaction, qu’on a inventé pour nous simplifier la vie. L’argent est neutre, il est un intermédiaire.
Mais justement, parce qu’il est neutre, on peut TOUT y projeter. Y compris nos valeurs politiques.
Et derrière le discours “je ne veux pas être un requin”, “je ne veux pas devenir comme eux”, “l’argent va me salir”, il y a parfois (au choix, ou les 3) :
1- La peur d’être jugé par ton entourage. Si je gagne trop, mes amis vont me regarder autrement. Ma famille va trouver que je me la pète. Je vais devenir “l’ovni” du groupe.
C’est exactement ce qui est arrivé à Anne-Catherine, la kiné que j’ai racontée dans ma newsletter sur les loyautés : sa famille “détestait les riches” et lui reprochait de gagner trop d’argent.
2- La peur de réussir, tout court. Réussir financièrement, c’est être visible. C’est s’exposer. C’est prendre le risque qu’on te dise “ça va, les chevilles ?”, cette phrase que je connais par cœur pour l’avoir entendue dans ma propre famille 👀
3- Une croyance profonde de ne pas mériter l’abondance. Comme je l’écrivais dans mes 25 réflexions : certaines personnes ont l’impression que “l’argent, c’est pas pour elles, c’est pas dans leur ADN”. Ça, c’est pas des valeurs politiques. C’est une histoire d’estime de soi.
J’ai envie de te parler de mon cas, parce que je crois que c’est le meilleur moyen de montrer que ce sujet n’est pas abstrait.
Pendant 15 ans à la tête de madmoiZelle, j’ai été ce mec qui sous-vendait tout.
Les prix de nos prestations publicitaires étaient trop bas. Je payais tout le monde au lance-pierre. Je refusais de faire rayonner ma boîte à sa juste valeur.
Un jour, Alexandre Dana, CEO de Livementor, m’avait glissé en parlant de moi “j’ai rarement vu quelqu’un d’aussi humble”. Sur le moment, j’ai été incapable de recevoir le compliment.
Aujourd’hui je le sais : ce n’était pas de l’humilité. C’était de l’esprit de manque déguisé en modestie. J’en ai parlé en détail dans cet article 👇🏻
Si tu m’avais demandé à l’époque pourquoi mes prix étaient si bas, pourquoi je ne me payais quasiment rien, pourquoi je refusais de jouer le jeu du business, j’aurais sans doute invoqué mes valeurs. Mon côté “pas comme les autres patrons”. Mon refus du capitalisme débridé.
Et c’était vrai ! En partie.
Mais c’était aussi et surtout parce que j’avais :
Une peur de manquer héritée de ma famille, d’origine ouvrière dans le Nord
Une estime de moi toute riquiqui, et
Une incapacité profonde à recevoir.
Mes “valeurs” étaient la couche socialement acceptable posée sur un tas de trucs bien plus douloureux à regarder en face.
Le jour où j’ai compris ça, ça a tout changé. Non pas que j’ai abandonné mes valeurs. Au contraire ! En revanche, j’ai arrêté de les utiliser comme un bouclier pour d’abord faire le constat, puis entamer le vrai travail.
Si tu te reconnais dans ce que je décris, voici une question toute simple à te poser :
Si demain, tu doublais tes tarifs (et donc potentiellement ton CA) et que tout ton entourage le découvrai : qu’est-ce qui te fait le plus peur ?
Réponse A) Que tes clients trouvent ça trop cher et partent
Réponse B) Que tes amis, ta famille, ton milieu te voient différemment
Réponse D) La réponse D
Si c’est la réponse B, alors ce n’est probablement pas une question de prix. C’est une question de loyauté à ton milieu.
Et ça, c’est un travail à faire sur toi, pas sur ta grille tarifaire.
Voici ce que je crois profondément aujourd’hui, après des années de travail sur ma propre relation à l’argent, et après avoir accompagné des dizaines de personnes sur ce chemin :
Les personnes avec les meilleures intentions sont souvent celles qui se sabotent le plus financièrement.
Et le résultat, c’est quoi ? Leurs projets magnifiques restent petits, fragiles, précaires.
Le monde perd des ergothérapeutes qui pourraient aider plus de patients, des designers qui pourraient créer plus de beaux espaces, des artisans qui pourraient faire vivre un savoir-faire.
Pendant ce temps, des gens qui n’ont aucun état d’âme sur la question occupent le terrain et font du chiffre (et oui je suis d’accord : ils ont sans doute d’autres névroses à traiter sur le fait de vouloir accumuler autant d’argent)
Tu trouves ça juste, toi ? Parce que moi non.
Largent, rappelons-le pour la 752ème fois, est neutre. C’est un outil. Il n’est ni de droite, ni de gauche. C’est ce qu’on en FAIT qui porte des valeurs.
Un euro gagné par une ergothérapeute qui aide des gamins à mieux vivre leur quotidien a exactement la même valeur faciale qu’un euro gagné par un trader à la Défense.
Mais ce qu’elle en fera, et surtout ce que son travail apporte au monde, n’a rien à voir.
Sauf que si cette ergothérapeute refuse de demander un prix juste pour son travail parce que “l’argent c’est pas bien”, elle finira par s’épuiser, par douter de sa vocation, et peut-être par lâcher un métier dans lequel elle est brillante.
Ça, c’est la vraie perte. Et c’est une perte pour tout le monde.
Remplace “l’argent, c’est de droite” par cette question :
“Qu’est-ce que je ferais de plus dans le monde si j’avais dix fois mes revenus actuels ?”
Prends 2 minutes. Ferme les yeux si tu veux. Et réponds honnêtement.
Si la réponse c’est “je m’achèterais un yacht” → ok, on peut en discuter (mais même ça, tu as le droit, hein).
Mais si la réponse c’est (au choix) “j’embaucherais quelqu’un pour m’aider”, “je prendrais enfin des vacances pour ne pas crever de burnout”, “j’investirais dans une meilleure formation”, “je pourrais faire du pro bono pour des gens qui n’ont pas les moyens”, “j’aiderais mes parents”, “je créerais un nouveau projet qui me tient à cœur”...
... alors gagner de l’argent n’est PAS en conflit avec tes valeurs. Au contraire, c’est le carburant de tes valeurs.
J’ai hâte d’avoir ton retour dans les commentaires.
Ce sujet me tient à cœur parce que je sais à quel point il concerne des gens formidables qui font des choses formidables, mais qui se tirent une balle dans le pied avec l’argent en pensant faire ce qui est “juste”.
Et si je peux te dire une chose, c’est ça : le monde a besoin de tes idées, de tes projets, de ton énergie. Et pour que tout ça vive et grandisse, il a aussi besoin que tu te paies correctement. C’est tout sauf une trahison, c’est une responsabilité.
Mes offres pour travailler sur ta relation à l’argent :
Ma formation en collectif pour transformer ta relation à l’argent en profondeur si tu es entrepreneur·e ou à ton compte. Réponds à ce questionnaire et je te contacterai quand ça sera prêt :)
Le coaching individuel → un accompagnement sur-mesure pour les entrepreneur·es, dirigeant·es et freelances.
Allez, pluie d’abondance sur toi, sur tous ceux que tu aimes et à la prochaine !
Fabrice
PS : Si cet article t’a parlé, partage-le à quelqu’un qui en a besoin. On est beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit à vivre cette tension entre convictions et argent.
PPS : Et si tu veux écouter des histoires qui illustrent tout ça, je te recommande les épisodes d’Histoires d’Argent avec Amandine, maraîchère qui a toujours eu honte d’avoir de l’argent, et avec Anne-Catherine, dont la famille lui reprochait de gagner sa vie “trop facilement”.
Aucun post

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.