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David Larlet

Les robots ont gagné, gloire au palimpseste !

Pendant 22 ans, j’ai publié régulièrement sur cet espace en tentant de casser le moins de liens possibles — mais aujourd’hui la situation m’est devenue problématique. Je ne souhaite pas que mes partages, mes émotions, mes apprentissages viennent servir les intérêts d’une oligarchie aux idées nauséabondes (GAFAM, IA, etc). C’est la raison pour laquelle cette page agrégera dorénavant les dernières publications seulement, sans archives.

Vous pouvez partager une section particulière en utilisant les liens des ancres des titres mais ce sera assurément de l’éphémère, par exemple pour votre réseau social préféré. Pour une citation plus pérenne, par exemple sur un blog, vous pouvez citer quelques phrases pour que le contexte soit conservé à minima mais pas la totalité d’une publication.

Rythme

J’ai vraiment l’impression d’avoir une vie augmentée depuis que j’ai changé de lieu de résidence. Tellement de choses à faire avant l’arrivée de l’hiver, à découvrir dans ce nouvel environnement, à explorer dans les multiples collines accessibles aux alentours. Ou juste à apprendre lorsqu’il s’agit d’entretenir une maison. Et à côté de tout cela, le travail, le sport, les invités, les lectures, les photos, le quotidien.

En parallèle de cela, le monde brûle — en particulier la France et le Canada — et je me sens toujours aussi démuni à ce sujet. Je suis entouré de forêt plutôt humide, il a très rarement fait plus de 25°C cet été, je ne subis pas la fournaise des autres. J’éprouve de l’empathie, de l’anxiété mais je ne le ressens pas dans ma chair. Et j’ai bien conscience que cela s’apparente à un sursis que j’ai pu anticiper et me payer pour tout un tas de raisons / privilèges.

Et puis il y a les bonheurs intimes du quotidien, que je partage finalement assez peu ici et ailleurs. Ceux qui font oublier, au moins temporairement, la cacophonie du monde extérieur. Il s’agit d’en prendre soin. Et de leur laisser le temps et l’espace de s’exprimer.

Enfin plus que jamais les questions existentielles sur ce que devient mon métier et la pertinence que je peux avoir dans mes accompagnements si j’avais moins besoin de produire de code. Il y a tant à comprendre en amont et à réajuster en aval, ma valeur n’est pas tant de faire le lien entre les deux que d’assurer la cohérence de l’ensemble. Un choix après l’autre, à mon rythme.

Si ces réflexions vous font cogiter et que cela vous donne l’envie que l’on fasse un bout de chemin ensemble, vous pouvez suivre mon travail du moment sur la page dédiée. N’hésitez pas à initier une rencontre 🤗.

Liens 31

Certains programmes n’ont pas d’odeur, aussi étrange que cela puisse être, ils ne sentent absolument rien, ni la sueur, ni la poussière, même pas les restes d’un déjeuner sur le pouce ou le gel hydroalcoolique, rien. L’odeur des scripts est transmise par les mains, et si un script n’a pas d’odeur, c’est qu’aucune main ne l’a créé. Toutes les mains ont une odeur, aussi discrète, infime soit-elle. L’absence d’odeur, c’est aussi l’absence de son : pas de frappe, pas d’impact sec d’ongles trop longs sur le plastique d’un clavier, ni de tamponnement sourd de bouts de doigts nus sur le verre d’une tablette. Les programmes sans odeurs naissent dans le silence. Ils ne sont pas écrits et ne seront jamais lus. Ce sont des textes sans âme, qui viennent au monde et qui mourront dans la plus triste des indifférences. • être script, Raphaël Bastide

Si je ne fais qu’éviter ma tâche, qu’ai-je à faire dans un texte qui n’est pas le mien ? • Priez pour nos fautes, Margot Mellet

Pour conclure je retiens d’uMap sa temporalité particulière. Un projet qui se déploie dans le temps, qui évolue de manière organique et continue sa vie même quand l’équipe est réduite ou que le principal contributeur fait le tour du monde en péniche. • Est-ce que uMap a besoin d’une designer ?, Aurélie Jallut

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Weeklinks 31

Unsurprisingly, Bob won the hackathon that day. I was so preoccupied with how he did things that I totally missed what he was working on (I think it was the support for buy/sell posts in Groups, which later evolved into Facebook Marketplace). His product taste and intuition were more important than the editor setup he used. • The Productivity Mirage

And the answer is: because none of them are interested in accomplishing anything of substance, their aims revolve entirely around being acceptable to one another. Their truth — which they are pursuing competently, even intelligently, as agents — is not about change but about propriety. Ideas, for them, are evaluated based on whether they are proper or not and people in that group succeed based on their ability to reheat one harmless, socially-acceptable idea after another. • The Retweeting Class

A physical book is a delivery mechanism for information. Once that information has been extracted and encoded into an AI model, the delivery mechanism has served its purpose. What remains is paper, ink, and binding material. The book is not destroyed. Its value has migrated. The paper returns to the material cycle; the knowledge enters the intellectual one. • AI labs buy, scan, shred millions of rare books

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Sprint

On sort de deux semaines de travail sur uMap avec Yohan et ça a permis de bien avancer sur la migration vers OpenLayers. C’est épuisant un tel sprint mais il y a peu de moments dans la vie d’un produit open-source où l’on peut se retrouver et avancer de manière hyper focus. Le financement NLnet nous a aidé à prendre ce temps. Merci !

À chaud, si vous envisagez de faire une migration de cette ampleur (pas très éloignée d’une réécriture…), n’oubliez pas comme n00b de :

  • vérifier si les tests pourront être transférés sur la nouvelle architecture/technologie sans modification fondamentale ;
  • vérifier que l’accessibilité n’est pas affectée par la migration et s’il existe des alternatives à ce sujet ;
  • vérifier l’outillage nécessaire à ce que la nouvelle mouture reste équivalente au niveau des performances, de la facilité de déploiement et d’un certain confort de développement.

Dans notre évaluation initiale de la problématique, on s’est concentrés sur la migration des fonctionnalités sans suffisamment creuser tout ce qu’il y avait à changer autour. On a appris en march^W courant et ça ressemblait souvent à un point de côté.

Toutefois, l’élément qui nous a le plus surpris au cours de nos deux études est que l’addiction à l’exercice concernait principalement des personnes jouissant d’un statut social élevé. Revenus confortables, professions libérales enviables: les personnes dépendantes à l’activité physique interrogées à Montréal et à Oslo présentaient un profil social similaire, correspondant à l’archétype des «grands performants» — tant au regard de leur parcours scolaire que de leur carrière professionnelle. Il s’agit ainsi d’une addiction que l’on pourrait qualifier de «bourgeoise», pour reprendre la terminologie marxiste.

Dans la mesure où les individus concernés par ces deux cas de figure sont hautement fonctionnels dans leur vie quotidienne, et que l’addiction à l’activité physique revêt une forte valeur sociale, nous soutenons que celle-ci ne constitue pas un «trouble» mental comme les autres. En effet, contrairement aux problèmes de santé mentale classiques et aux dépendances à des substances, la dépendance à l’exercice physique ne définit pas les normes sociales par défaut, mais par excès.

Elle répond aux exigences sociales d’hyperperformance et d’optimisation de soi, aux idéaux corporels, à la prise en charge individuelle de sa santé. En ce sens, malgré la présence de symptômes, la dépendance à l’activité physique demeure relativement invisible pour le monde médical, qui fait du manque de fonctionnalité un critère de définition des troubles mentaux. Ainsi, en épousant les normes sociales actuelles, tout en concernant de nombreux individus socio-économiquement privilégiés, la dépendance à l’activité physique permet en fait de s’élever socialement.

Du conformisme normatif à la distinction sociale, Nicolas Moreau et Frida Austro Wågan dans le numéro 108 de la revue À bâbord!.

Une lecture qui tombe à pic après avoir participé à une reconnaissance de course pour le 100km local. Je n’envisage pas du tout cette distance ni même de porter un dossard un jour mais ces 20km m’ont tout de même laissé le temps de cogiter sur le pourquoi d’une telle activité et sur le capital social nécessaire pour parvenir à un tel effort. Pas tant sur les « sacrifices » personnels mais sur les implications pour les proches à divers niveaux.

Cela m’a laissé un petit burp de vomi au fond de la gorge (celleux qui savent savent) et a confirmé mon choix de courir en solo dans la forêt, au plaisir, sans objectifs. Sans traces ?

The same analysis holds for any task an AI can do for you. If it’s work—if the task has to be done and no one cares how—then it’s fine to use AI assistance. But if the task is more like the gym, and how the task is done is at least as important, then it probably doesn’t make sense to use AI.

Should You Use AI for a Task? Here’s a Simple Way to Decide, Bruce Schneier

J’ai constamment l’impression de faire un métier différent de celui qui est décrit par ceux que je pourrais considérer comme mes pairs. L’intérêt de mon métier est le gym justement. C’est peut-être pour cela que je peux encore avoir une certaine arrogance vis-à-vis de l’IA ?

J’ai la chance d’avoir des clients qui se soucient non seulement du comment mais aussi du pourquoi. Pourvu que ça dure. 🫶

The idle hour does not exist in order to improve the hours around it. It does not recharge you for anything. It is not an investment whose return is collected later at the desk. It serves nothing, points toward nothing, produces nothing, and answers to no one, and this is not a flaw to be corrected but the entire substance of the thing. To be idle is to occupy time that has been removed from the economy of usefulness altogether, time that will never be redeemed, time spent as an end in itself rather than as a means to some later, more respectable end. The rester is preparing to be useful. The idler has, for an hour, simply declined to be.

On the Difference Between Rest and Idleness, Leo Umilio

Laissé en guise de conclusion.

Lecture

Reading is the art of attention. What a mess we’ve made of that word. From the earnest effort of a mind reaching for the world to a mindless, exasperated skittering through the slop. The attention economy is misnamed. Our attention is not being harvested but rather suppressed, flattened out, demeaned into submission. We do not attend anything when we doomscroll or binge watch or tap tap tap one notification after another; we abandon—ourselves, our bodies, our kith and kin.

Nor do we read when we slip through the stream or flick through the feed. Reading is an awakening of attention, not a deadening of it.

Umyazu, mandy brown

Il y avait une discussion hier sur mastodon au sujet d’une potentielle corrélation / causalité entre capacité de réflexion et lecture. Il doit y avoir de la littérature à ce sujet (huhu) mais ce sont les ressentis qui m’intéressent dans ces situations, entre des personnes ayant plus ou moins de facilité à lire ou ayant une histoire particulière dans leur apprentissage de la lecture ou ayant un rapport à la lecture qui est culturellement positionné différemment dans leur pyramide de valeurs — j’utilise pyramide ici pour l’image mais il faudrait toute une ellipse sur le fait que ça n’est justement pas une pyramide mais une forme de réseau complexe, neuronal diraient certain·es ? Oh wait!

J’écris ce billet en faisant mon test mensuel(?!) de LLM local avec le modèle qwen3.6:35b-mlx et Ollama. Il s’avère encore une fois être une catastrophe — en résumé : c’est très vite beau[ref. needed] mais c’est jamais bon[ref. needed] — en revanche j’ai maintenant de quoi mesurer la (sur)consommation d’un tel outil. Mon ordinateur + écran passe d’une consommation de 28 watts à 83 watts lors d’un tel usage soit à peu près le triple. Tout en générant suffisamment de chaleur pour déclencher le ventilateur de mon MacMini, ce qui n’arrive quasiment jamais autrement. J’apprécie de pouvoir physiquement constater les effets d’une telle pratique. C’est toujours plus facile lorsque ça va faire évaporer l’eau des autres.

Ce qui est intéressant pour cette itération c’est que je lisais aussi cet article en parallèle et je me demandais comment est-ce que ces interactions asynchrones avec des LLM pouvaient influer sur la façon d’interpréter ce qui est fait à côté. Quelle dose de frustration oriente la lecture ou l’écriture qui est faite en parallèle ? Quelle est ma capacité à me concentrer lorsqu’il faut attendre un résultat de manière répétée ? Qu’est-ce que j’apprends lors d’une lecture fragmentée ? Qu’est-ce que je comprends lorsque je lis sans écrire (du code) ?

Où l’on en revient à la discussion d’introduction : si la lecture est nécessaire, ma transformation n’est complète qu’à partir du moment où j’arrive à écrire et potentiellement transmettre à ce sujet. Qu’avez-vous à transmettre de votre dernière session avec Claude ?

There’s a prevailing narrative that says we’ve lost our ability to pay attention, that we need drugs or discipline or sternly-worded warnings about the dangers of social media to deal with this growing public health threat. This narrative completely obscures the fact that annihilating attention is a political project with clear benefits for the billionaire class: if we cannot attend the world, neither can we intercede in it. We become passive recipients of their worldbuilding, disenfranchised from our own responsibility to make sense of—and therefore to remake—the world around us.

Ibid.

PS : toujours aussi décousu dans une tentative de prouver mon humanité 🙃.

Weeklinks 28

Bound up is another way of saying: I’m part of the problem. I sometimes draw on the lefty canard that there’s no ethical consumption under capitalism. It’s hard not to be complicit in the systems and collective actions that shape your world. You can be better or worse at the margins, but few choose martyrdom. Instead, we consume and contribute to climate change. We pay taxes to a government that does things with that money we’d rather it not do. We buy houses and live in them, and sometimes we sell them for more than we paid and shuffle off into the sunset.

For us—well, see above. We’re going to die within these walls, which relieves some of the guilt. Someone might sell the joint afterward and make a mint. But it won’t be me. • I Bought a House and Became Part of the Problem

The act of pumping immense, disproportionate resources — money, crowdsourced math, analytics, optimization, min-maxing, popular opinion aggregation, etc. — into a previously casual or complex, layered activity to forcefully extract and squeeze out the purest, most concentrated dopamine hit, with no regard for anything except dopamine. • Dopamine Fracking

To protect my mental health and decouple my online presence from a company brand (at last!), I will not be announcing this new role publicly in the ways this weird industry has become accustomed to. Although, if you’re a close friend, you know where I’m going and that I’m happy and I trust you. I’ve deactivated my LinkedIn profile, and I’m going dark on Bluesky. • Goodbye, forever, probably.

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Weeklinks 27

My computers are no longer something that follow me around – they’re confined to one room, and they can only get my attention when I’m in that room and working at my desk. The rest of the time, they can ping as loudly as they like, but I won’t hear it.

Since I started making these changes, I’ve felt calmer and more relaxed, especially when I’m at home. I can focus on the things that actually deserve my attention – cooking a meal, reading a book, chatting with my friends, playing on the sofa. I’m less worried about the distraction of my digital devices, or the effect it has on my life. • Rebuilding the computer room

But it’s not just the coordinated attack. The fight itself feels deflated, in ways the fight for the internet hasn’t been before. Sure, we have orgs like the ACLU, the Open Rights Group, the EFF, Fight for the Freedom, the usual suspects all fighting for the rights of the internet. And that’s great.

But there’s something else.

It feels like people are tired. • What happened to the fight for the Internet?

It’s easy to fall into the trap of seeing the tip of the tech industry iceberg as representative of what is acceptable and possible with the technologies we have at our disposal. That’s not the reality, though. While the venture-backed cycle of disenfranchisement continues as an ouroboros of milquetoast tech bros, folks that actually care about accessibility, privacy, democratisation and equality still exist. You won’t see them spoken about in Tech Crunch, you won’t see some absolute braindead LinkedIn Pick-Me shyster making a multi-paragraph, gushing post to try and get a pat on the head from them. But they exist, and they’re doing amazing work. […]

Move slow and feel thingsBy Humans, For Humans

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Catharsis

Au quotidien, j’essaie de me retirer du centre. Quand je m’efface un peu, quelque chose se remet à respirer.

Le sens, je ne le cherche plus dans les grands gestes ou la rupture spectaculaire. Je le trouve dans ce qui tient encore. C’est une manière de répondre à la démesure sans lui ressembler.

Je me donne une tâche simple: regarder attentivement, apprendre ce qui compte, protéger ce qui peut l’être, puis semer sans attendre de récolte. La valeur est là, dans le geste juste, pas dans son résultat.

Ce n’est pas grandiose. C’est suffisant.

Ce qu’on trouve dans la cendre, Nicolas Langelier

Je me doutais que cet ouvrage serait un negative split (pun intended) et je n’ai pas été déçu, c’est probablement mon livre de l’année.

Je me suis retiré du centre en fermant mastodon pour une semaine — encore une fois. Je me rends compte que les épisodes de stress français (élections, canicules, etc) génèrent une anxiété dans mes communautés qui ne m’apportent rien de bon. Ce n’est pas tant pour faire l’autruche que pour me recentrer sur ce qui compte localement.

Car, dans la vie à venir, il y aura encore, bien sûr, des instants de grâce, des plaisirs, des fous rires, des bonnes nouvelles — et il ne faudra pas les fuir, s’interdire d’être touché, de sourire, d’aimer.

La joie dont il est question ici n’est pas le bonheur. Ce n’est pas non plus celle du divertissement, du confort, de la consommation. Elle n’a rien à voir avec l’euphorie artificielle ni avec la positivité toxique. Elle ne nie rien. Enracinée dans la lucidité, elle ne requiert pas l’absence de douleur.

Elle sait.

Elle dit: je suis encore vivant, et je choisis d’aimer cette planète, même brisée.

Ce ne sera pas facile, la tentation du désespoir sera constante. Mais le post-tragique peut coexister avec le tragique. Il nous rappelle pourquoi nous nous battons, au fond : nous sommes humains, et voilà ce que c’est que d’être humain.

Ibid.

En prenant un peu de recul, je réalise aussi l’aspect réactif de ces réseaux pour répondre à une actualité qui suit l’agenda politique de l’oligarchie qui contrôle les médias. J’aimerais réussir à faire différemment, et ça va commencer par publier principalement des choses qui me donnent le sourire sur ce réseau.

Peut-être même explorer le mot-croisillon #Les3BonheursDuJour si ça ne tourne pas à l’étalage de privilèges (car oui, il fait encore 18°C dans mon sous-sol habitable…). Je fais aussi en sorte de ne pas remonter l’historique au réveil, il faut apprendre à vivre avec les préoccupations de sa timezone. Si ça se trouve, à un moment, l’actualité sera telle que je serai uniquement capable de poster des photos. Et peut-être que ce sera bien suffisant.

Dans l’entre-deux-mondes, le chaos risque d’être permanent. Mais certains gestes, s’ils sont répétés avec intention, peuvent devenir des ancrages et offrir une continuité quand tout chancèle.

Le rituel n’a pas besoin d’être grandiose ou de promettre de salut. Sa force réside dans sa répétition obstinée, dans sa manière de tracer un cercle de sens autour d’un moment. Depuis toujours, les communautés humaines ont inventé des rituels pour traverser les périodes difficiles. Funérailles, processions, rites collectifs: autant de gestes partagés qui permettent de donner forme à l’horreur, de la rendre dicible et habitable. Ces pratiques n’effacent pas la douleur, mais elles offrent un cadre pour l’éprouver ensemble.

Dans l’effondrement, il est probable que de tels rituels renaissent, improvisés ou réinventés. Là où la modernité les avait réduits à des automatismes vidés de leur sens, l’effondrement les ramènera à leur nécessité : maintenir la cohésion sociale — un rôle qui était celui de la culture, avant que l’économie de marché ne la transforme en produit de consommation.

Ibid.

Liens 26

Car le système d’IA n’a rien de transparent comme on qualifie par erreur cette interaction, il est au contraire opaque, totalement incontrôlable malgré son apparente docilité à toutes les requêtes. La fin des frictions dans les transactions, rêve de tout libéral, atteint ici un tel point qu’on ne sait plus qui demande et qui répond. La demande est précisément ce statut détourné du désir, comme le dit Lacan, qui vous fait prendre les attentes de l’autre pour les vôtres, ce que le marketing a toujours tenté de faire, mais en se limitant jusqu’ici à des messages externes. Désormais, c’est une forme de petite voix intérieure que les IA compagnons installent, une forme de dialogue avec soi-même puisque ce compagnon connaît toute l’histoire personnelle et est alimenté par toute l’expérience quotidienne. • LLM : vers un « monopole radical »

J’étais considérée comme un pilier de la démocratie américaine, et, du jour au lendemain, le 7 janvier 2025, des individus ont dépeint les vérificateurs des faits comme néfastes à la liberté d’expression, pour justifier de couper notre financement afin de mentir avec impunité. Il ne serait ainsi pas judicieux de se placer sous la tutelle de géants technologiques ou encore de l’État, qui pourraient couper notre financement du jour au lendemain et faire disparaître VérifRadar.

Trop de médias, outre les vérificateurs des faits, dépendent des gouvernements et des géants de la tech, VérifRadar explore donc d’emblée différentes façons de générer des revenus pour assurer sa survie, et n’a pas attendu de financement de quiconque pour se lancer. VérifRadar est jusqu’ici une initiative entièrement volontaire de ma part, en utilisant mes propres fonds pour payer les contributrices pigistes et les autres factures de l’entreprise. • Analyse : Pourquoi avoir lancé VérifRadar, et quel avenir ?

Voici la première moitié, soit 31 pages, d’une nouvelle BD qui sortira chez Steinkis le 8 octobre prochain • Manifeste pour une écologie politique

Et pour un clic de plus (si mon auditoire vieillit aussi vite que moi).

Digitalgia

After the investigation of nostalgia, I felt that I was close to identifying the concept that I was looking for. It had to be a concept that embraced an em-placed, chronic, and painful emotion in the face of negatively experienced environmental change, and I did not want to simply add “eco” in front of some existing form of distress. With the help of Jill Albrecht, I explored the pairings of words with the algia, pain or distress, that was at the heart of this issue. Two concepts seemed to me to be very close to what I was searching for: solace and desolation.

Earth Emotions (New Words for a New World), Glenn A. Albrecht

Je pense qu’il faut inventer de nouveaux mots décrivant de nouvelles émotions. Je suis allé lire Glenn A. Albrecht à la source pour découvrir le processus de définition de solastalgia et ceci est ma contribution, une tentative de description d’un monde qui évolue. Une partie de mon monde qui m’a fait évoluer et rencontrer des personnes ces dernières décennies.

Digitalgia donc, comme la souffrance ressentie lorsqu’on passe d’un univers numérique de la création à celui de l’oppression. Et des sentiments de peur et d’incapacité à inverser la tendance associés à cette évolution. Le trainSUV du progrès est en marche et le vélo de la raison est à la traîne. Le capitalisme est venu grignoter un espace d’expressions et d’échanges, morceau par morceau, pour ne laisser qu’un panoptique optimisant la consommation, la croissance et incitant à brûler la dernière goutte d’hydrocarbure disponible. Pour les personnes qui ont été les témoins de la création de ces espaces numériques, la peine peut s’apparenter à une forme de deuil et se traduire par un comportement dépressif.

Il y a aussi la tristesse de savoir que les nouvelles générations sont dans l’incapacité de penser qu’un tel environnement ait pu être possible à un moment donné compte-tenu de ce qui leur est proposé aujourd’hui. Au même titre que je ne peux penser une forêt plus vivante que celle dans laquelle j’évolue aujourd’hui, ou des mers moins dévastées que celles de mon enfance. Le mythe est puissant mais n’incite pas à la même frustration, au même passage à l’action, car le sentiment de perte est alors différent.

Note : je ne pense pas qu’il soit pertinent de traduire ce terme en « digitalgie » comme cela a pu être le cas avec « solastalgie » car la terminaison en IA me semble être d’autant plus pertinente dans ce contexte…

I define “solastalgia” as the pain or distress caused by the ongoing loss of solace and the sense of desolation connected to the present state of one’s home and territory. It is the existential and lived experience of negative environmental change, manifest as an attack on one’s sense of place. It is characteristically a chronic condition, tied to the gradual erosion of identity created by the sense of belonging to a particular loved place and a feeling of distress, or psychological desolation, about its unwanted transformation. In direct contrast to the dislocated spatial dimensions of traditionally defined nostalgia, solastalgia is the homesickness you have when you are still located within your home environment.

Ibid.

Weeklinks 25

So, no: I don’t know precisely what will happen next. But I’ve come to realize the outcomes matter a lot less than the harms we’re watching unfold right now. Whether the bubble pops or doesn’t, I feel confident we’ll look back at the first few years of “artificial intelligence” much as Gibson does a toy astronaut: as a herald we ignored, as an antique bit of misread future. • All tomorrow’s parties.

Oh, Bluesky is getting a little shitty, you say? Oh no! Who could have predicted Bluesky could ever have run that risk? I mean, apart from everyone warning us that it was launched by weirdo alt-right blockchain-shilling AI-loving shitbird Jack Dorsey, and that their current CEO came from a weirdo alt-right blockchain-shilling AI-loving shitbird background. You know. Besides them. • Look, just fucking use Mastodon already

That “‘AI’ is inevitable” is an industry talking point. They need us to believe it is inescapable so that they can increase their prices to cover their actual costs and become profitable before the venture capital runs out. If they can’t convince us of that, then we can just walk away because these tools aren’t actually worth what they cost. Then, when they run out of cash to light on fire, they will have nothing left. • Everywhere Foist Upon Us

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Répétition

Les machines faites pour nous économiser des efforts ne font que demander des efforts pires et interminables. Et en plus de cette incapacité fondamentale de la créature s’ajoute la Chute, qui non seulement détourne nos procédés de ce désir, mais les dirige vers un Mal nouveau et horrible.

Et nous passons inévitablement de Dédale et Icare au Bombardier géant. Cela n’est pas là un pas vers la Sagesse! Cette terrible vérité […] surgit de manière tellement nette et est si horriblement manifeste de nos jours, avec la menace, pire encore, qu’elle représente pour l’avenir, que cela semble être une maladie mentale mondiale que seule une minorité perçoit.

Lettres, J.R.R. Tolkien, 7 juillet 1944

Extrait trouvé en lisant Tolkien contre les machines (Écologie antifasciste en Terre du Milieu) de Sébastien Fontenelle. Où je savoure jaune l’ironie du nom des entreprises de l’extrême droite des voisins.

Je me demande combien de fois est-ce que ce scénario s’est répété au cours de l’histoire de la civilisation. Pas tant un refus du progrès mais une prise de recul sur ses conséquences par une trop petite proportion de l’humanité. Je me demande aussi ce qui érige le progrès comme cap à atteindre plus enthousiasmant que les autres disponibles — considérant le destin funeste qu’il nous réserve…

La beauté de la répétition c’est qu’il y aura statistiquement d’autres occasions à venir. La cruauté de la répétition c’est qu’il y a déjà eu des cas que l’on considère comme désuets (quand bien même on les considèrerait).

Liens 25

Je ne me berce pas d’illusions. Je suis conscient que vivre en ville, dans le confort d’une existence petite-bourgeoise, porte à développer une conception sentimentale de la nature. Nourri, logé, repu, elle est pour moi un jardin où je projette mes états d’âme. C’est un décor que je regarde. Pour le chasseur innu, à la poursuite du caribou forestier, au milieu de la forêt boréale, la beauté de la nature a un tout autre sens. Pour le paysan, le marin, le berger, la nature, c’est d’abord une force terrible, un lieu de lutte, et ceux-ci n’oublient pas aisément que vivre, c’est souffrir. • La sagesse d’une fleur

La logique fait main se définit par une esthétique expérimentale, une richesse des techniques, elle découle des mouvements Makers et DIY et se caractérise par une soif d’apprendre, de bidouiller, bricoler. Bien qu’elle soit peu présente dans la pratique des graphistes, elle offre une abondance graphique au sein de création d’outils. Pour comprendre cette logique dans la conception d’outil, il est important d’étudier les termes : hacker, bricoler, décentraliser. Comprendre quelle est l’importance des outils ? Pourquoi les choisir, les intégrer et les réinventer ? Quelle présence la logique fait main a dans la création d’outils numériques ? • / Choix et appropriation des outils

C’est là où tu comprends comment la consultation peut déraper sérieusement, où un effort sincère de chercher l’acceptabilité sociale peut aboutir à un projet pire en tous respects que la proposition initiale. Et ce n’est aucunement la faute du Citoyen: même les «pas dans ma cour» purs et durs ont le droit à leurs opinions et les élus ont le devoir de les écouter. Ils sont fatigants, mais au moins ils sont généralement sincères et leurs motivations, transparentes.

Non, le problème de la consultation à la base n’est pas sa non-réprésentativité (encore, on le savait déjà) mais la facilité avec laquelle des acteurs politiques ou commerciaux peuvent manipuler le processus, et ainsi l’opinion publique, afin de favoriser leurs intérêts. Et ce qui est surtout navrant c’est que plus la démarche de consultation est inclusive et populaire, plus qu’elle prend de l’ampleur, et surtout plus qu’elle se rapproche de la campagne électorale, plus elle devient une cible de prédilection pour ces mauvais acteurs. • Le mot en C

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Réduire

En attendant la révolution — si elle doit venir, si elle peut encore venir — j’ai décidé de faire autre chose. Non pas que je me sois résigné, ni que j’aie abandonné l’idée qu’un monde plus juste puisse exister un jour, mais parce que j’ai compris que suspendre ma manière de vivre à l’hypothèse d’un redressement collectif revenait à différer indéfiniment ce qui, au fond, ne peut être vécu qu’au présent, sans aucune promesse pour l’avenir.

Depuis quelques années, je me surprends à vouloir moins. Moins produire, moins expliquer, moins occuper d’espace. Ce désir de réduction ne nait pas d’une fatigue passagère, mais d’une lucidité qui m’a pris par surprise: la sensation que continuer à accélérer dans un monde qui se contracte revient à ajouter du bruit au bruit.

J’ai longtemps cru que l’essentiel était d’intensifier. Multiplier les initiatives, répondre à l’urgence par la vitesse, transformer l’inquiétude en projets, conjurer l’effondrement par l’activité. J’ai cru, comme beaucoup, que si nous produisions suffisamment d’idées, de textes, de mobilisations, quelque chose finirait par basculer du bon côté. Mais je me demande aujourd’hui si le courage véritable n’est pas ailleurs — dans la capacité à ne pas vouloir tout transformer en levier, convertir chaque geste en signal public. Refuser l’excès est devenu, pour moi, une discipline plus exigeante que l’engagement spectaculaire. […]

Vivre après les promesses ne signifie pas vivre sans repères. Parce qu’au fond, si le monde se referme, la décence devient une forme de courage. Et aimer, ici et maintenant, sans aucune garantie de succès, est peut-être l’acte le plus radical qui nous reste.

Édito du numéro 32 de l’Atelier10 par Nicolas Langelier

Je suis en train de lire Ce qu’on trouve dans la cendre du même auteur qui est une tentative d’accepter la lucidité. La première partie fait un constat nécessaire mais bien difficile à entendre et je prends l’espoir que la fin soit moins dramatique. Il s’agit de ces lectures en mode pharmakon dont on ne sait trop si elles soignent ou alimentent l’anxiété. Je me dis que j’ai davantage besoin en ce moment de me sentir moins seul dans ces errements.

Faire différent avec moins, voilà le contre-programme de notre époque qu’il va falloir rendre enthousiasmant. J’écris cela après avoir déménagé des mètres cubes de possessions au cours de ces derniers mois, voyage après voyage. On ne devrait posséder que ce que l’on peut transporter (si on est valide bien entendu) et n’habiter que ce que l’on est capable de maintenir.

Le chemin est encore long mais j’y travaille.

Pourquoi s’entêter à produire ce magazine, dans un tel contexte? Pourquoi écrire, même? Parce que c’est une manière de participer, modestement, à la transmission. Écrire n’est pas sauver le monde: c’est refuser de l’abandonner complètement. C’est donner une forme à ce que nous comprenons. C’est nommer les limites sans les dramatiser. C’est chercher la justesse plutôt que la profusion.

Ibid.

Si ces réflexions vous font cogiter et que cela vous donne l’envie que l’on fasse un bout de chemin ensemble, vous pouvez suivre mon travail du moment sur la page dédiée. N’hésitez pas à initier une rencontre 🤗.

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