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Explorer nos liens au Vivant · Mar 13, 2026

Dormir : l’acte le plus sous-estimé de notre époque

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Anaïs Gauthier · Explorer nos liens au Vivant

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Article rédigé par une humaine.

Longtemps j’ai pensé que dormir était inutile. Je voyais cela comme une perte de temps puisque je pouvais travailler. […] Une éducation exigeante sachant mieux éclairer mes faiblesses que mes réussites avait déjà semé en moi les graines adéquates pour que cela me mène au-delà des capacités de mon organisme : intransigeance, exigence, force de volonté, valeur travail au-dessus de tout, mérite et valeur de ma personne indexés sur l’effort déployé et le résultat obtenu. Secouez bien le tout et vous gagnez un perfectionnisme destructeur pour qui n’a pas conscience que seules les machines n’ont pas besoin de repos. Je n’avais pas réalisé que le temps grignoté par l’action supprimait la capacité physiologique de mon organisme à se régénérer.”

Extrait de La stratégie du repos, apprendre à se régénérer dans un quotidien surchargé, Editions Eyrolles

Bienvenue dans cette édition spéciale à l’occasion de la journée internationale du sommeil 🛌

AU PROGRAMME :

  1. Le sommeil, variable d’ajustement

  2. Le mythe des gens qui dorment peu

  3. Un rôle biologique essentiel

  4. Revaloriser son sommeil

  5. Repenser sa relation au repos

C’est parti ! 👇

J’animais un atelier sur la place du repos dans nos vies quand une personne m’a dit :

« Je dormirai quand j’aurai le temps. Je me reposerai lorsque je serai morte »

Certaines de nos expressions les plus courantes opposent le repos à la vie, trahissant notre élan à mettre l’inactivité à distance comme s’il s’agissait de se protéger de la mort.

En quelques décennies, la durée moyenne de sommeil a diminué dans de nombreux pays. Les écrans repoussent l’endormissement, le travail empiète sur la nuit, et l’hyperconnexion maintient notre cerveau en état d’alerte permanente.

“D’après le baromètre de Santé publique France2, le temps de sommeil moyen de la population en 2017 était de 6 h 42 en semaine et de 7 h 26 les week-ends. Presque 30 % de l’échantillon de l’étude était en dette de sommeil.

En comparaison, une étude sur la durée de sommeil des jeunes adultes menée en 1910, soit quelques années avant l’invention de l’ampoule électrique, indique des nuits d’environ neuf heures. Le sommeil est grignoté en priorité pour laisser place à d’autres activités en faveur de l’épanouissement personnel, d’obligations professionnelles ou familiales.” _La stratégie du repos, apprendre à se régénérer dans un quotidien surchargé, Editions Eyrolles

Un projet urgent ? Une série qui sort ? Un email tardif ?

Autant d’excuses pour grignoter le temps de sommeil parce-que nous avons fabriqué une culture où le sommeil est considéré comme une variable d’ajustement.

“Il est même devenu tendance de raccourcir sa nuit pour méditer, faire du yoga ou travailler au calme.”

Depuis des générations, on admire les mêmes figures mythiques.

Les entrepreneurs qui se lèvent à 4h.
Les étudiants qui révisent toute la nuit.
Les cadres qui répondent à leurs mails à 1h du matin.

J’ai baigné dans ce fantasme moderne : celui de l’humain.e performant.e qui dort peu parce-que c’est une perte de temps et qu’il.elle a mieux à faire !

Mais biologiquement, ces personnes sont l’exception, pas la norme.

Ce n’est pas une question de discipline, c’est une question de biologie.

Des études montrent que les personnes dormant 4 heures ou moins perdent environ 29 % de productivité, et que celles dormant de 5 à 6 heures par nuit perdent environ 19 % de performance par rapport aux personnes dormant 7 à 8 heures.

Le manque de sommeil réduit :

  • la clarté d’esprit

  • la concentration

  • la créativité

  • la capacité de décision

  • la gestion des émotions.

Et il augmente :

  • le risque de maladies cardiovasculaires

  • le risque de diabète

  • la prise de poids

  • le risque de dépression

  • le risque d’accident

Avez-vous déjà ressenti cette sensation de brouillard et d’instabilité après une courte nuit ? Des maux de tête ? Une difficulté à trouver vos mots ?

Les chercheurs A. Williamson et A. Feyer ont découvert que des nuits de six heures pendant deux semaines équivalaient à être en état d’ébriété : les temps de réaction sont les mêmes qu’avec un gramme d’alcool dans le sang. Ne pas dormir suffisamment détruit les neurones locus coeuruleus, accélérant le développement de maladies comme Alzheimer ou Parkinson. Un manque modéré de sommeil produit une détérioration des performances cognitives et motrices. _La stratégie du repos, apprendre à se régénérer dans un quotidien surchargé, Editions Eyrolles

Autrement dit, moins dormir ne rend pas plus performant et ne crée pas plus de temps utile.

Cela vous met en danger.

Les bienfaits du sommeil sont largement sous-estimés.

Pendant que vous dormez :

  • votre cerveau consolide vos souvenirs

  • votre système immunitaire se régule

  • vos hormones se rééquilibrent

  • vos cellules se réparent.

Presque un tiers de votre vie est consacré à ce processus biologique essentiel que nous traitons comme un luxe. Le sommeil est remplacé par Netflix comme si cela n’avait aucun impact biologique.

En 2013, des chercheurs de l’Université de Rochester ont mis en évidence un phénomène fascinant : pendant le sommeil, le cerveau active un système de nettoyage appelé système glymphatique.

Il évacue les déchets métaboliques accumulés pendant la journée, notamment certaines protéines associées aux maladies neurodégénératives.

Et ce processus est beaucoup plus actif pendant le sommeil que pendant l’éveil.

Quand vous dormez, votre cerveau fait le ménage.

Le sommeil n’est pas une option.

C’est de la maintenance biologique.

Dormir implique d’accepter quelque chose que notre culture déteste : perdre le contrôle pendant plusieurs heures.

Pas de notifications.
Pas de productivité.
Pas d’optimisation.

Juste un corps qui récupère.

Dans une civilisation obsédée par la maîtrise du temps et la croissance de la performance, dormir reste l’un des derniers espaces où le corps impose son rythme à l’esprit sans que nous puissions nous y soustraire.

La Journée internationale du sommeil est une invitation à changer d’approche.

Pourquoi protégeons-nous nos réunions… mais pas notre sommeil ?

Pourquoi bloquons-nous notre agenda de la journée… mais pas notre nuit ?

Pourquoi reculons-nous l’heure de nous coucher alors que les yeux piquent ?

Comment pouvons-nous davantage encourager le sommeil dans notre maisonnée ? dans notre entreprise ? parmi nos amis ?

Ca commence peut-être par cesser de tourner en ridicule celui qui se lève en dernier lors d’un weekend ;)

Ni nouvelle routine miracle.
Ni gadget de productivité.

Simplement ceci :

Éteignez les écrans avant le diner.

Tamisez les lumières.
Laissez votre cerveau ralentir.

Allez vous coucher dès les premiers signes de sommeil.

Parce que dans le fond, la qualité de vos journées dépend largement de la durée et de la qualité de vos nuits.

Le sommeil n’est pas ce qu’il reste quand tout est fini.

C’est ce qui rend tout le reste possible.

Et si la question n’était pas combien d’heures dormons-nous ? mais quelle place donnons-nous au repos dans nos vies ?

Vous pensez qu’il est temps de sortir de l’ère de l’épuisement ?

Mon livre “La stratégie du repos” aux éditions Eyrolles décortique les causes systémiques de notre culture de l’épuisement et défriche une nouvelle voie : réintégrer le repos à notre quotidien.

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Read the original on anaisgauthier.substack.com

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