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Bienvenue dans cette édition #8 de ce format dans lequel j’approfondi les thématiques que regroupe mon concept d’Ecologie Personnelle® reliant le mieux-être individuel (santé physique-mentale et besoin de sens) aux enjeux écologiques collectifs.
Cette édition est écrite à l’occasion de “All Hallows Eve” soit Halloween ou fête de la Toussaint pour les Chrétiens. Cette fête qui marquait définitivement la fin de l’été et l’entrée dans la saison sombre et froide, était importante pour nos ancêtres. Les sagesses anciennes occidentales évoquent cette période comme celle de la rencontre entre le monde des morts et celui des vivants.
AU PROGRAMME :
Un mot sur ce passage de saison
La mort a disparu (court extrait de mon livre en écriture)
Et si nos cimetières devenaient des forêts ?
Alors que la terre se refroidie
que les feuilles la rejoignent en offrande de l’humus qu’elles vont former
que les nuits s’allongent pour nous envelopper
que le mouvement déserte peu à peu les champs
que les récoltes ont garni les placards pour la saison à venir
il est temps de rallumer le feu dans le foyer
célébrer cet instant entre les moitiés lumineuses et sombres de l’année.
Dans les sagesses anciennes de notre territoire de tradition celtique, le passage d’Octobre à Novembre était un temps important.
Nommer Samhain, ce passage saisonnier marque :
L’entrée dans l’obscurité et le froid.
Le ralentissement des activités.
Un temps de mémoire des anciens qui ne sont plus là physiquement et irriguent pourtant nos cellules et nos inconscients
L’attention portée à la flamme qui nous anime.
Ce passage saisonnier nous fait entrer dans un nouveau cycle annuel.
Car tout commence par le dépouillement, le repli, le repos dans le ventre fertile de la Terre.
Cette période nous rappelle que la mort fait partie intégrante de la vie. Le vivant est une succession ininterrompue de naissances et de morts.
Elle nous enseigne l’accueil de nos déserts, de nos vides, de nos doutes, de nos temps de régénération en cultivant la flamme de la confiance.
Confiance dans la renaissance, le renouveau, aussi fort que le printemps surgit après l’hiver.
Je vous souhaite un doux passage.
VIE - TEMPS - MORT
est un tout indissociable.
On ne peut échapper à ces trois entités concomitantes et complices qui déterminent tout phénomène vivant. Car si le temps nous paraît un terrible dévoreur de vies, il en est en même temps le grand fournisseur.
“Cinq méditations sur la mort. Autrement dit sur la vie”
par François Cheng
La mort n’existe plus
Je garde en mémoire un souvenir précis du premier deuil qui eu lieu dans mon entourage alors que j’étais enfant. La vieille dame était étendue sur un lit, dans une pièce éclairée à la lueur de bougies. Nous étions venue lui rendre un dernier hommage avant la cérémonie funéraire. J’ai souvenir d’un grand oncle, son fils, qui racontait que lorsqu’il était gamin, la disparition d’une personne était un véritable événement collectif.
La famille, les voisins, les villageois d’à côté, se pressaient dans la maison du défunt entourant de présences et d’attentions, les proches qui affrontaient la perte. Les postes radios et les rares télévisions, restaient éteints pendant presque une semaine et la famille s’habillait de couleurs sombres. D’autres membres de ma famille ont rendu leur dernier souffle depuis cet événement et il m’a paru chaque fois, que le deuil devenait quelque chose de moins important et moins visible que la fois précédente.
Comme si la mort n’existait plus.
Fin Août 2024, alors que des étudiants de tous âges provenant de contrées aussi variées que lointaines, arrivaient dans le Devon (UK) pour la rentrée des cours du célèbre Schumacher College - lieu pionnier à la renommée mondiale pour son éducation à l’écologie holistique - j’apprenais la fermeture définitive de cet établissement.
A peine une semaine plus tard, alors que l’automne commençait furtivement à se faire sentir, j’apprenais le décès de l’éminent écologiste Stephan Harding* qui fut mon enseignant l’année dernière.
*Stephan Harding était co-fondateur du Schumacher College fondé en 1991. Il dédia sa vie à la théorie de Gaïa et ses travaux l’amenèrent à collaborer et poursuivre l’engagement de James Lovelock et d’Arne Naes.
A cette annonce, je reçu ce SMS de ma mère : “navrée que cela te touche”.
Sans autre considération ou curiosité, ni pour qui il était (son nom n’a même pas été mentionné), ni pour notre lien, ni même pour les émotions que je pouvais ressentir. Une attitude détachée qui ne souhaite pas voir, qui ne sait pas comment se confronter à ce qu’une disparition peut faire émerger. Son message sonnait en moi comme “il aurait été plus favorable que cela ne génère aucune émotion en toi”.
Il n’y a pas eu discussion, il n’y a pas eu relation.
Un non événement et l’absence de soutien à l’image de notre société dans laquelle aucun congé n’est offert pour faire face à la mort d’une personne en-dehors des liens de sang direct. Une société qui nous offre 3 jours de congés pour se remettre de la disparition d’un conjoint.e.
Le deuil a migré d’événement public à incident à vite oublier afin de retrouver sa productivité, autant dans la sphère professionnelle que personnelle.
Et puis, pendant ce temps…
plus de 300 personnes se sont rassemblées en moins de 3 jours, sur un fils whatApps intitulé “Stephan’s ritual passage”. Mes journées furent rythmées par des dizaines de messages quotidiens partageant photos, anecdotes, et enregistrement vidéos en sa mémoire. J’ai été ému aux larmes de lire tous ces témoignages de l’être qu’il était, tous ces remerciements pour la façon dont il avait enrichit et réjouie la vie de chacun. Se mêlaient les poèmes, les chants, les morceaux de guitare, les bougies allumées aux rituels improvisés pour apaiser son passage.
J’ai été bouleversé de découvrir une photo de Stephan prise lors d’une de ses dernières méditations, allongé dans son lit, un gros coussin sur le torse positionnant à hauteur de ses yeux, une grosse chenille en mouvement.
La majorité des partages intégrait le plus qu’humain [le plus qu’humain est la traduction française de “the more-than-human-world” créée par le philosophe David Abram] sous diverses formes : paysages, rivières, plantes, tissages de fibres végétales, couchers et levers de soleil, pleine lune… Les éléments de la Terre étaient conviés à ce moment spécial. Et cela perdure encore plus d’un mois et demi après son dernier battement, continuant d’entourer d’amour, de présence et d’attentions, sa veuve et leur fils.
Cette expérience récente m’a profondément questionnée. J’ai pensé au jour où il me faudra traverser le deuils de mes parents et me suis demandée qui serait présent. Je me suis remémorée ce cauchemar que je faisais souvent en primaire, d’assister à mes propres funérailles. J’ai pensé à mes beaux-parents et me suis demandée qui serait présent. J’ai revu les cérémonies funéraires de mes grands-parents, rassemblant la famille éloignée vue pour la dernière fois lors de l’enterrement précédent. J’ai pensé aux liens d’amitiés si dévalorisés par notre société toujours obnubilée par la famille nucléaire.
Nous avons relégué la mort loin de notre quotidien, baclan nos deuils par manque de temps, d’accompagnement et d’outils pour y plonger. Nous avons laissé l’angoisse prendre le dessus.
Mais est-ce qu’une vie réussie ne signifierait pas “réussir” sa mort ?
Une mort entourée de vivants avec qui nous avons entretenu une relation de réciprocité et qui le moment venu, entoureront, offriront attention et soutien, prendront soin des proches qui restent et qui doivent alors se laisser traverser par le chaos du deuil, pour continuer à vivre.
Apprendre à vivre ne serait-il pas apprendre à nous réconcilier avec notre condition de mortels ?
Embrasser la fin de toute chose et de tout êtres y compris les fins de cycles de nos vies humaines : de l’enfance à l’adulte, d’un métier à un autre, la fin des études, la fin d’un couple ou d’une histoire d’amitié, la fin d’un rêve ou d’une étape.
“La force du deuil est de révéler notre engagement dans la relation avec l’autre, ce sont les liens d’interdépendances ainsi mis en lumière qu’il s’agit de réinvestir ici et maintenant, avec les vivants, en amont des catastrophes.”
[ Revue Mille Comos, La mort est-elle écologique ?]
Apprendre à faire nos deuils,
Deuil de ce qui est et ne sera plus,
Deuil de l’espéré qui ne sera pas,
Deuil d’émotions refoulées,
Deuil de rêves oubliés.
Nous préparer au deuil ultime,
celui de retourner du côté sombre du cycle du Vivant,
celui de la décomposition qui permet alors le renouveau.
N.B.
Le texte ci-dessus est un bref extrait d’un chapitre de mon livre en cours d’écriture dédié à Honorer nos liens avec le Vivant. Parution au plus tard en Septembre 2025.
Et si nos cimetières devenaient des forêts ?
Transformez le corps de votre parent défunt en arbre.
C’est ce que propose Loop Biotech, une entreprise néerlandaise avec son cercueil vivant.
Un cercueil de mycélium de champignons (pleurotes grises) et de fibres naturelles biodégradables, tapissé de mousse verdoyante pourrait vous accueillir afin de vous rendre à la Terre.
💥Il faut en moyenne 20 ans pour qu’un corps humain dans un cercueil traditionnel se décompose.
Sans parler de la multitude de composés chimiques, toxiques et non dégradables qui envahissent nos corps pour tenter de restreindre leur décomposition.
Nous avons fait de nos corps morts des déchets polluants et encombrants.
🍄 Ce cercueil vivant nous transforme en compost nutritif en 45 jours.
Le mycélium a la propriété rare de digérer les toxines et polluants.
De nous rendre à la Terre.
Un changement profond de paradigme qui nous demande :
de lâcher notre croyance de pérennité sous la forme matérielle que nous connaissons.
de retrouvez le sens de la mort, l’appréhender comme la fin d’un cycle qui contribue à la naissance de nouvelles formes de vie.
En se transformant pour revenir dans le cycle du Vivant, nous devenons immortels. ✨
Prêts à réinventer votre mort pour reprendre votre place dans la biosphère ?
Nos cimetières pourraient devenir de majestueuses forêts.
N.B. J’ai écrit ce post en Février et depuis découvert l’association Humo Sapiens qui oeuvre à initier un changement culturel afin que nos corps reviennent à la Terre qui les a créé.
/// Anaïs Gauthier
Conférencière, artiste-auteure, facilitatrice et créatrice du concept d’Ecologie Personnelle®, approche holistique révélant les connexions entre santé, mieux-être individuel, et enjeux écologiques.
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Pour aller plus loin, vous pouvez :
Découvrir mes conférences & workshops en entreprises
Découvrir mes interventions poétiques de sensibilisation au respect du Vivant en nous et au-delà de nous
Visionner ma conférence TedX “Entreprendre de vivre ?”
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