1. [Déséquilibres macroéconomiques] — Emploi américain : la Fed sous pression
Le 7 août 2026, le département américain du Travail a publié un rapport chargé de mauvaises surprises : l’économie américaine a détruit 23 000 emplois nets en juillet, alors que les économistes interrogés par Reuters attendaient en moyenne 80 000 créations. Les créations de mai et juin ont en outre été révisées à la baisse de 103 000 postes au total, ramenant juin à seulement 20 000 créations contre 57 000 annoncées initialement. Les destructions se concentrent dans le commerce de détail (-19 000), l’éducation des collectivités locales (-50 000) et la finance (-14 000), la santé restant seule à créer des emplois (+22 000). Le taux de chômage recule pourtant légèrement, à 4,1 % contre 4,2 % attendu — un repli qui s’explique en réalité par une baisse du taux d’activité. Comme le rapporte Reuters, ce rapport a immédiatement fait reculer les anticipations d’un relèvement des taux directeurs par la Fed en septembre.
Keynes, dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), insistait déjà sur l’incertitude radicale pesant sur les anticipations des agents et sur la fragilité de la demande effective face aux chocs de confiance. Milton Friedman, dans sa théorie du taux de chômage naturel (1968), ajoute une clé complémentaire : la baisse du chômage conjuguée à la chute du taux d’activité ne traduit pas une amélioration structurelle, mais un phénomène de découragement qui fausse la lecture du marché du travail — ce qui explique la prudence de la Fed face à des signaux contradictoires.
2. [Déséquilibres macroéconomiques] — Inflation américaine : une décrue qui ne convainc pas
Publié le 12 août 2026 par le Bureau of Labor Statistics, l’indice des prix à la consommation américain a progressé de 0,1 % en juillet, portant l’inflation annuelle à 3,4 %, contre 3,5 % en juin. L’inflation sous-jacente a progressé de 0,2 % sur le mois pour s’établir à 2,5 % sur un an. Ces chiffres, conformes au consensus, restent largement supérieurs à la cible de 2 % de la Fed. Selon les données publiées par le BLS, la décrue s’explique notamment par le repli des prix de l’essence, alors que les tensions au Moyen-Orient continuent de peser sur l’énergie de façon erratique. Les salaires horaires moyens, eux, n’ont progressé que de 0,1 % sur le mois, un rythme désormais inférieur à celui de l’inflation.
Friedman, avec Anna Schwartz dans A Monetary History of the United States (1963), rappelle que l’inflation demeure fondamentalement un phénomène monétaire, lié à l’excès de création monétaire relativement à la croissance de la production. La règle de politique monétaire formulée par John Taylor en 1993 offre un cadre plus opérationnel : ajuster le taux directeur selon l’écart d’inflation à la cible et l’écart de production — ce qui explique pourquoi la Fed hésite entre soutenir un marché du travail fragilisé et contenir une inflation encore trop élevée.
3. [Mondialisation financière] — L’or au plus haut
Le cours de l’or a atteint plus de 4 400 dollars l’once le 12 août 2026, en hausse de plus de 10 % sur le seul dernier mois et de plus de 31 % sur un an, selon Trading Economics. Cette envolée s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs : les achats massifs et continus des banques centrales, un contexte géopolitique tendu au Moyen-Orient, et une incertitude croissante sur l’indépendance de la Réserve fédérale américaine, régulièrement attaquée par Donald Trump. Selon le World Gold Council, cette dynamique haussière devrait se prolonger, les investisseurs institutionnels continuant de se réfugier vers le métal jaune plutôt que vers le dollar ou les emprunts d’État américains.
Irving Fisher, dans The Theory of Interest (1930), distingue le taux d’intérêt nominal du taux réel : quand la confiance dans la monnaie fiduciaire s’érode, la détention d’un actif sans rendement mais réputé stable redevient rationnelle. Robert Triffin, dans Gold and the Dollar Crisis (1960), avait anticipé ce mécanisme à travers son célèbre dilemme : un système monétaire international reposant sur une seule devise nationale finit par miner la confiance qu’il est censé garantir, ce que les achats d’or des banques centrales traduisent aujourd’hui très concrètement.
4. [Structures de marché et stratégies des firmes] — Electronic Arts rachetée par l’Arabie saoudite
Electronic Arts a finalisé le 4 août 2026 son rachat pour 55 milliards de dollars par un consortium mené par le fonds souverain saoudien Public Investment Fund (PIF), aux côtés de Silver Lake et Affinity Partners. Le PIF détient désormais plus de 93 % du capital de l’éditeur, qui quitte Wall Street après 37 ans de cotation. Selon la Commission européenne, qui a validé l’opération le 24 juillet au titre du règlement sur les concentrations, l’accord met sous contrôle privé des franchises mondiales comme EA Sports FC, Battlefield ou Les Sims. Il s’agit du plus important rachat par effet de levier jamais bouclé dans l’histoire du secteur technologique.
Michael Jensen, dans son article fondateur sur les coûts d’agence des flux de trésorerie disponibles (1986), explique que le rachat par effet de levier permet de discipliner le management d’une entreprise cotée en la libérant de la pression des marchés financiers court-termistes. Thomas Piketty, dans Le Capital au XXIe siècle (2013), offre une lecture complémentaire : ce type d’opération illustre la concentration croissante du capital productif mondial entre les mains d’un nombre restreint de fonds souverains et de véhicules d’investissement, capables de peser durablement sur des secteurs entiers de l’économie.
5. [Mondialisation commerciale] — Royaume-Uni : croissance et déficit ensemble
Selon l’Office national des statistiques britannique, le PIB du Royaume-Uni a progressé de 0,4 % au deuxième trimestre 2026, après 0,6 % au premier trimestre, porté par les services (+0,5 %). Mais dans le même temps, le déficit commercial britannique s’est creusé de 1,9 milliard de livres en juin par rapport à mai, pour atteindre 21 milliards de livres, sous l’effet d’une chute de 6,3 % des exportations tandis que les importations ne reculaient que de 0,7 %. Selon l’ONS, la production industrielle britannique a par ailleurs diminué de 0,2 % sur le mois, confirmant la fragilité persistante de l’appareil productif du pays post-Brexit.
David Hume, dans son essai Of the Balance of Trade (1752), décrit le mécanisme d’ajustement automatique des balances commerciales par les flux de métaux précieux et les prix relatifs — un mécanisme largement contredit par la persistance du déficit structurel britannique. David Ricardo, dans ses Principes de l’économie politique et de l’impôt (1817), apporte un éclairage plus adapté : la détérioration simultanée des exportations manufacturières et la résilience des services traduit une spécialisation croissante du Royaume-Uni dans les activités où il conserve un avantage comparatif, au détriment de l’industrie.
6. [Intégration européenne et mondialisation] — Droits de douane UE-États-Unis : un accord sur du sable
Les droits de douane américains de 15 % sur la majorité des exportations européennes sont entrés en vigueur le 7 août 2026, en application de l’accord commercial conclu fin juillet. En contrepartie, l’UE supprime ses droits de douane sur la quasi-totalité des produits industriels américains. D’après la Direction générale du Trésor, ce cadre reste fragilisé depuis la décision de la Cour suprême des États-Unis du 20 février 2026, qui a annulé les droits de douane dits « réciproques » fondés sur l’International Emergency Economic Powers Act, obligeant Washington à reformuler juridiquement une partie de son dispositif. Le secteur automobile européen, longtemps taxé à 27 %, revient à 15 %, contre 2,5 % avant le retour de Donald Trump.
Friedrich List, dans son Système national d’économie politique (1841), défendait la légitimité d’une protection tarifaire temporaire pour les industries naissantes — logique implicitement reprise par l’administration américaine. Jagdish Bhagwati, dans Protectionism (1988), met en garde contre l’effet « bol de spaghetti » des accords bilatéraux empilés : plus les régimes tarifaires se multiplient et se chevauchent, plus l’incertitude juridique freine l’investissement, exactement la situation que traverse aujourd’hui le commerce transatlantique.
7. [Structures de marché et stratégies des firmes] — Saipem-Subsea7 : la fusion qui inquiète Bruxelles
La fusion entre l’italien Saipem et le norvégien Subsea7, destinée à donner naissance à « Saipem7 », futur numéro un mondial des services pétroliers et gaziers offshore, devrait faire l’objet d’une enquête approfondie de la Commission européenne après le 22 juillet 2026. La Commission s’interroge sur les effets de cette opération sur la concurrence dans des marchés navals étroits mais stratégiques, notamment la pose de câbles et pipelines sous-marins pour l’éolien en mer. Selon plusieurs analystes du secteur, le dossier oppose la logique de constitution d’un « champion industriel européen » à la préservation d’une concurrence effective sur un marché à très faible nombre d’opérateurs, ce qui pourrait retarder la clôture de l’opération initialement prévue pour le second semestre 2026.
Augustin Cournot, dans ses Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses (1838), a le premier modélisé les marchés à faible nombre de vendeurs : plus le nombre de concurrents diminue, plus les prix s’éloignent de la concurrence pure. Oliver Williamson, dans Markets and Hierarchies (1975), nuance cette lecture en montrant que les fusions peuvent aussi réduire les coûts de transaction et générer des gains d’efficience réels — d’où la difficulté de l’arbitrage bruxellois entre compétitivité industrielle et risque de position dominante.
8. [Structures de marché et stratégies des firmes] — Mémoire vive : trois firmes décident du prix pour le monde entier
Samsung, SK Hynix et Micron, qui contrôlent à eux trois plus de 90 % de la production mondiale de mémoire DRAM, font l’objet depuis le 25 juin 2026 d’une action collective devant un tribunal fédéral californien les accusant d’avoir restreint leur production de mémoire grand public pour réorienter leurs capacités vers la mémoire HBM, bien plus rentable et destinée aux serveurs d’intelligence artificielle. Selon les pièces du dossier, certains prix de DRAM ont grimpé de près de 700 % en quatre ans. D’après un cabinet de conseil cité par L’Usine Digitale, les prix de la DRAM devraient encore progresser de 125 % sur l’ensemble de 2026, et ceux de la NAND de 234 %, sans détente attendue avant fin 2027. Les trois groupes avaient déjà été condamnés en 2005 pour entente illicite sur les prix.
George Stigler, dans A Theory of Oligopoly (1964), montre que la collusion tacite entre un petit nombre de producteurs devient plus stable et plus profitable lorsque les acteurs peuvent aisément détecter les écarts de comportement de leurs rivaux. Joseph Schumpeter, dans Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), offre une lecture alternative à travers la destruction créatrice : la réorientation vers la HBM peut aussi se lire comme une innovation de rupture redéfinissant la hiérarchie concurrentielle du secteur, indépendamment de toute intention collusive.
9. [Acteurs et circuit économique] — Corée du Sud : la pénurie de puces frappe les consommateurs
En Corée du Sud, les prix des ordinateurs et des appareils multimédias portables ont augmenté de plus de 20 % sur un an en juillet 2026, dépassant largement l’indice global des prix à la consommation. Cette hausse s’explique directement par l’envolée des prix de la mémoire DRAM, elle-même alimentée par la demande massive des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle et par une offre volontairement resserrée. Selon les autorités sud-coréennes, les prix de la mémoire devraient continuer à augmenter, ce qui contraint désormais le gouvernement à envisager des subventions ciblées pour les appareils destinés aux ménages les plus modestes.
Alfred Marshall, dans ses Principles of Economics (1890), montre que la transmission d’un choc d’offre en amont vers les prix finaux dépend de l’élasticité de la demande : les biens technologiques, jugés peu substituables à court terme, absorbent intégralement la hausse des coûts de production. John Kenneth Galbraith, dans American Capitalism (1952), rappelle que face à un pouvoir de marché concentré chez les producteurs, seul un contre-pouvoir organisé — ici l’intervention publique — peut limiter le transfert intégral du surcoût vers le consommateur final.
10. [Mondialisation commerciale et financière] — Fret maritime : la mondialisation tient malgré la mer Rouge
Le volume mondial de fret conteneurisé a progressé de 5,2 % au premier semestre 2026, atteignant 98,4 millions d’équivalents vingt pieds, malgré les perturbations persistantes causées par les attaques houthies contre les navires marchands en mer Rouge. L’Extrême-Orient, la Chine en tête, demeure le principal exportateur mondial de conteneurs et affiche le taux de croissance le plus élevé du secteur. Selon la presse spécialisée, les taux de fret sont toutefois orientés à la baisse, l’arrivée massive de nouveaux navires augmentant la capacité disponible plus vite que la demande, créant un risque de surcapacité durable pour les armateurs.
Smith, dans La Richesse des nations (1776), pose les bases de la division internationale du travail : l’élargissement des marchés accessibles par le transport permet une spécialisation productive toujours plus poussée. Dani Rodrik, dans The Globalization Paradox (2011), nuance cette lecture en soulignant que l’hyper-intégration commerciale expose les chaînes de valeur mondiales à des chocs exogènes concentrés — la crise en mer Rouge illustrant la fragilité d’un système fondé sur des points de passage maritimes étroits et stratégiques.
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